Les hivers ne sont pas rigoureux dans cette région tiédie par des courants de la mer; mais c’est égal, ces crépuscules amenaient souvent des humidités glacées et d’imperceptibles petites pluies qui se déposaient sur leurs épaules.
Ils restaient tout de même, se trouvant très bien là. Et ce banc, qui avait plus d’un siècle, ne s’étonnait pas de leur amour, en ayant déjà vu bien d’autres; il en avait bien entendu, des douces paroles, sortir, toujours les mêmes, de génération en génération, de la bouche des jeunes, et il était habitué à voir les amoureux revenir plus tard, changés en vieux branlants et en vieilles tremblotantes, s’asseoir à la même place, — mais dans le jour alors pour respirer encore un peu d’air et se chauffer à leur dernier soleil...
De temps en temps, la grand’mère Yvonne mettait la tête à la porte pour les regarder. Non pas qu’elle fût inquiète de ce qu’ils faisaient ensemble, mais par affection seulement, pour le plaisir de les voir, et aussi pour essayer de les faire rentrer. Elle disait:
— Vous aurez froid, mes bons enfants, vous attraperez du mal. Ma Doué, ma Doué, rester dehors si tard, je vous demande un peu, ça a-t-il du bon sens?
Froid!... Est-ce qu’ils avaient froid, eux? Est-ce qu’ils avaient seulement conscience de quelque chose en dehors du bonheur d’être l’un près de l’autre?
Les gens qui passaient, le soir, dans le chemin, entendaient un léger murmure à deux voix, mêlé au bruissement que la mer faisait en dessous, au pied des falaises. C’était une musique très harmonieuse, la voix fraîche de Gaud alternait avec celle de Yann qui avait des sonorités douces et caressantes dans des notes graves. On distinguait aussi leurs deux silhouettes tranchant sur le granit du mur auquel ils étaient adossés: d’abord le blanc de la coiffe de Gaud, puis toute sa forme svelte en robe noire et, à côté d’elle, les épaules carrées de son ami. Au-dessus d’eux, le dôme bossu de leur toit de paille et, derrière tout cela, les infinis crépusculaires, le vide incolore des eaux et du ciel...
Ils finissaient tout de même par rentrer s’asseoir dans la cheminée, et la vieille Yvonne, tout de suite endormie, la tête tombée en avant, ne gênait pas beaucoup ces deux jeunes qui s’aimaient. Ils recommençaient à se parler à voix basse, ayant à se rattraper de deux ans de silence; ayant besoin de se presser beaucoup pour se faire cette cour, puisqu’elle devait si peu durer.
Il était convenu qu’ils habiteraient chez cette grand’mère Yvonne qui, par testament, leur léguait sa chaumière; pour le moment, ils n’y faisaient aucune amélioration, faute de temps, et remettaient au retour d’Islande leur projet d’embellir un peu ce pauvre nid par trop désolé.
Chapitre II
... Un soir, il s’amusait à lui citer mille petites choses qu’elle avait faites ou qui lui étaient arrivées depuis leur première rencontre; il lui disait même les robes qu’elle avait eues, les fêtes où celle était allée.