— Ramasse ta musique, mon ami, lui dit-il; la mer nous en joue d’une autre qui marche mieux que la tienne...
En même temps commença une grande pluie fouettante qui menaçait depuis le matin. Alors ce fut une débandade folle avec des cris et des rires, pour grimper sur la haute falaise et se sauver chez les Gaos...
Chapitre VII
Le dîner de noces se fit chez les parents d’Yann, à cause de ce logis de Gaud, qui était bien pauvre.
Ce fut en haut, dans la grande chambre neuve, une tablée de vingt-cinq personnes autour des mariés; des soeurs et des frères; le cousin Gaos le pilote; Guermeur, Keraez, Yvon Duff, tous ceux de l’ancienne Marie, qui étaient de la Léopoldine à présent; quatre filles d’honneur très jolies, leurs nattes de cheveux disposées en rond au-dessus des oreilles, comme autrefois les impératrices de Byzance, et leur coiffe blanche à la nouvelle mode des jeunes, en forme de conque marine; quatre garçons d’honneur, tous Islandais, bien plantés, avec de beaux yeux fiers.
Et en bas aussi, bien entendu, on mangeait et on cuisinait; toute la queue du cortège s’y était entassée en désordre, et des femmes de peine, louées à Paimpol, perdaient la tête devant la grande cheminée encombrée de poêles et de marmites.
Les parents d’Yann auraient souhaité pour leur fils une femme plus riche, c’est bien sûr; mais Gaud était connue à présent pour une fille sage et courageuse; et puis, à défaut de sa fortune perdue, elle était la plus belle du pays, et cela le flattait de voir les deux époux si assortis.
Le vieux père, en gaîté après la soupe, disait de ce mariage:
— Ça va faire encore des Gaos, on n’en manquait pourtant pas dans Ploubazlanec!
Et en comptant sur ses doigts, il expliquait à un oncle de la mariée comment il y en avait tant de ce nom-là: son père, qui était le plus jeune de neuf frères, avait eu douze enfants, tous mariés avec des cousines, et ça en avait fait, tout ça, des Gaos, malgré les disparus d’Islande!...