— Pour moi, dit-il, j’ai épousé aussi une Gaos ma parente, et nous en avons fait encore quatorze à nous deux.

Et à l’idée de cette peuplade, il se réjouissait, en secouant sa tête blanche.

Dame! il avait eu de la peine pour les élever ses quatorze petits Gaos; mais à présent ils se débrouillaient, et puis ces dix mille francs de l’épave les avaient mis vraiment bien à leur aise.

En gaîté aussi, le voisin Guermeur racontait ses tours joués au service (Les hommes de la côte appellent ainsi leur temps de matelot dans la marine de guerre.), des histoires de Chinois, d’Antilles, de Brésil, faisant écarquiller les yeux aux jeunes qui allaient y aller.

Un de ses meilleurs souvenirs, c’était une fois, à bord de l’Iphigénie, on faisait le plein des soutes à vin, le soir, à la brune; et la manche en cuir, par où ça passait pour descendre, s’était crevée. Alors, au lieu d’avertir, on s’était mis à boire à même jusqu’à plus soif; ça avait duré deux heures, cette fête; à la fin ça coulait plein la batterie; tout le monde était soûl!

Et ces vieux marins, assis à table, riaient de leur rire bon enfant avec une pointe de malice.

— On crie contre le service, disaient-ils; eh bien! il n’y a encore que là, pour faire des tours pareils!

Dehors, le temps ne s’embellissait pas, au contraire; le vent, la pluie, faisaient rage dans une épaisse nuit. Malgré les précautions prises, quelques-uns s’inquiétaient de leur bateau, ou de leur barque amarrée dans le port, et parlaient de se lever pour aller y voir.

Cependant un autre bruit, beaucoup plus gai à entendre, arrivait d’en bas où les plus jeunes de la noce soupaient les uns sur les autres: c’étaient les cris de joie, les éclats de rire des petits-cousins et des petites-cousines, qui commençaient à se sentir très émoustillés par le cidre.

On avait servi des viandes bouillies, des viandes rôties, des poulets, plusieurs espèces de poissons, des omelettes et des crêpes.