Au milieu d'un tableau datant des premières années du xixe siècle, parmi des personnages de cour, une toute petite fille, de deux ans peut-être, naïve, fraîche et jolie.—«Vous devinez qui c'est?»—Ah! oui, en regardant avec attention ces yeux d'enfant on pouvait aisément reconnaître encore celle qui devint la reine Victoria, la souveraine aujourd'hui presque légendaire.
Devant les portraits de ses propres fils et de ses filles, la reine s'arrêta et je vis tout à coup passer sur son visage la tristesse attendrie, lorsqu'elle m'eut désigné celui que la mort est venu lui prendre, le jeune duc de Clarence.
Dans la salle du Trône, un excès peut-être, un éblouissement de rouge et d'or; plafonds d'or, murailles tendues de satin rouge. Mais là, par exemple, on avait l'impression du proche départ; tout était recouvert de longues draperies, également rouges, qui dissimulaient la forme des meubles et l'éclat des sièges.—«Ah! dit-elle, je regrette, les housses sont déjà mises. C'est que, vous savez, nous allons partir.»—A force de délicatesse, d'adorable simplicité, celle qui me guidait m'avait presque fait perdre de vue qu'elle n'était pas seulement la grande dame qu'elle avait l'air d'être, mais qu'en outre elle se nommait Alexandra de Danemark, reine d'Angleterre, impératrice des Indes. Et c'était elle-même qui, au jour des grandes solennités, entrait ici, étincelante de diamants historiques, pour s'asseoir sur ce trône, voilé aujourd'hui comme un simple fauteuil.
Quand Sa Majesté me tendit la main pour me donner congé, nous arrivions dans un vestibule dominant un escalier monumental. Incliné jusqu'à ce qu'elle eût disparu,—ce qui fut rapide,—je me trouvai brusquement très seul quand je relevai la tête. En plus du respect profond qu'elle m'inspirait, comme au moindre de ses sujets, une haute sympathie d'âme m'était venue pour cette souveraine, si visiblement noble et bonne; et je songeais que sans nul doute je ne la reverrais jamais, ne devant plus revenir dans son pays, malgré l'extrême courtoisie de l'accueil...
Un vestibule, des marches à descendre évidemment, mais où étais-je, dans quelle partie de ce palais si inconnu pour moi? Personne à qui demander ma route. Après être monté par un petit ascenseur presque clandestin, je redescendais par un escalier d'apparat, sans savoir où j'allais tomber. En bas, des salles pompeuses, mais vides; et toujours pas un être humain. Je commençai d'errer, hésitant à frapper aux portes fermées, osant encore moins les ouvrir. Et cela dura plusieurs minutes, jusqu'à ce qu'enfin un laquais, rencontré par hasard, me fût secourable, me reconduisît au grand perron et y fît avancer ma voiture.
Si j'avais vu Buckingham-Palace dans d'autres circonstances, mêlé à la foule qui s'y presse les soirs de fête, je n'en aurais gardé probablement qu'une impression quelconque. Mais cette reine, ces fleurs, cette solitude et cet absolu silence,—il me sembla sortir d'un palais enchanté.
FEMMES FRANÇAISES
PENDANT LA GRANDE GUERRE
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Août 1915.
Nos femmes françaises, la guerre les a magnifiquement agrandies, comme nos soldats, et, dans tous les mondes, la plupart se révèlent sublimes.