Les Bulgares s'y présentent et exigent la livraison des réfugiés : les Pères s'y refusent ; mais l'un des principaux Turcs, nommé Riza bey, commissaire du gouvernement ottoman auprès de la Compagnie Française des Chemins de fer, craignant que cette hospitalité ne soit la cause de grands malheurs, se rend spontanément à ces forcenés.
Ceux-ci l'emmènent et, à une cinquantaine de mètres de l'école italienne, je les ai vus s'arrêter, croiser la baïonnette et demander à Riza bey de leur remettre son argent et de leur indiquer sa propre maison.
Riza bey, que je connaissais, était un jeune homme instruit, d'une très bonne famille, et qui avait une femme et un enfant. La pensée du danger qu'allait courir sa famille lui inspira, je n'en doute pas, le refus d'obéir à la sommation de ces bandits, qui le transpercèrent de leurs baïonnettes. Le malheureux s'affaissa ; il était mort. L'un de ses assassins lui enleva ses souliers pour s'en servir, et son corps resta pendant cinq jours à la même place ; chaque jour, on lui enlevait un effet ; au dernier moment, il ne lui restait que sa chemise et son caleçon.
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Les comitadjis bulgares retournèrent alors auprès des Pères italiens et les menacèrent de les tuer s'ils ne leur montraient pas leur caisse. Force leur fut de s'exécuter : la caisse contenait cent livres turques, dont les bandits s'emparèrent.
A côté de ces Bulgares, il y eut les habitants de religion grecque qui envahirent les maisons turques, les mosquées, les locaux du gouvernement et emportèrent tout ce qui leur tombait sous la main, meubles, tapis, literie, etc…
… Ce pillage dura huit jours, c'est-à-dire jusqu'au moment où le drapeau français apparut à l'horizon ; c'était notre cuirassé Le Jurien-de-la-Gravière ; alors, comme par enchantement, les comitadjis disparurent et le calme revint. Les Grecs, dès l'entrée des troupes balkaniques, s'étaient montrés arrogants subitement vis-à-vis des étrangers, insultant le vice-consul d'Autriche, M. Bergoubillon, agent de la Compagnie du Lloyd, ne parlant de rien moins que de fermer tous les établissements européens : banques, etc., pour les remplacer par des grecs.
Mon devoir est de rendre hommage à l'évêque grec de Dedeagatch, qui employa, dans cette triste circonstance, son énergie et son autorité à protéger les Turcs contre le pillage de ses propres fidèles. Il réussit ainsi à sauver le caïmacam et de nombreux Turcs ; mais il fut peu écouté et menaça de quitter ses coreligionnaires et compatriotes aussitôt la fin des hostilités, « ne voulant plus rester, dit-il, à la tête d'une communauté aussi indigne ».
A l'arrivée du croiseur français, le courageux prélat tint à se rendre à bord pour saluer le commandant, qui, pour le remercier et le féliciter de son attitude, lui rendit les honneurs en tirant plusieurs coups de canon.
… L'armée bulgare, qui avait laissé la ville à la merci des comitadjis, rentra à Dedeagatch dès l'arrivée du croiseur français. Le commandant, voyant la ville désormais occupée par les réguliers, jugea inutile de débarquer des marins et mit le cap sur Cavalla.