A Cavalla, des horreurs pareilles à celles de Dedeagatch s'étaient commises. Cependant, les officiers français eurent le temps de descendre à terre à Dedeagatch et de se rendre compte des abominations commises ; ils prirent même quelques photographies.

L'armée bulgare était, à Dedeagatch, sous les ordres du général de division Gueneff.

Les Pères italiens se plaignirent à lui de la conduite odieuse à leur égard des comitadjis. Le général fit une enquête, constata les faits et retrouva même soixante-dix livres turques sur les cent qui leur avaient été volées.

« Mais, leur dit le général Gueneff, comme nous avons l'intention d'élever un monument en l'honneur des soldats bulgares morts pendant la guerre, je garde cet argent pour cette œuvre. »

Le même général Gueneff, ayant appris que l'évêque grec avait recueilli toutes les femmes turques dans l'école grecque, afin de les mettre à l'abri des mauvais traitements, réussit à décider ce prélat à les relâcher, pour loger ses soldats.

Les malheureuses durent retourner dans leurs maisons pillées et abandonnées et, dans la nuit, restées sans défense, elles furent violées par les soldats de ce général.

La deuxième nuit de leur arrivée, les mêmes soldats du général Gueneff pillèrent les magasins de M. Rodhe, vice-consul d'Allemagne et agent de la Compagnie de transports Schenker.

Les Bulgares ont placé des sentinelles devant chaque consulat, avec défense à qui que ce soit d'y pénétrer ; c'est ainsi que, malgré les protestations énergiques des consuls de France et d'Allemagne, les agents consulaires sont pour ainsi dire prisonniers, privés de tout contact avec leurs nationaux ou protégés et mis dans l'impossibilité de remplir leurs fonctions et leurs devoirs.

Devant l'hostilité de la population grecque indigène, beaucoup d'entre nous, Français, s'étaient concertés pour prendre des mesures communes de défense, en cas d'attaque. Heureusement, le Jurien-de-la-Gravière, avisé, put arriver à temps pour imposer respect et nous transmettre l'ordre de l'ambassadeur de rentrer à Constantinople.

Les Bulgares se sont également emparés du chemin de fer français, ont expulsé brutalement tout le personnel indigène et français, sans distinction, et l'ont remplacé par un personnel bulgare. Les autorités militaires refusèrent de délivrer aux agents français le moindre reçu ou pièce officielle de prise de possession du matériel.