Cette France, souvent lointaine, distraite par le travail de la pensée, ignore les abus qui se pratiquent en son nom. C'est vous encore cette fois qui, à la tête d'un petit groupe d'amis dévoués à la cause du Droit, avez assumé la tâche de la réveiller.
Lorsqu'elle le sera, qu'elle aura déchiré le voile de mensonges et de calomnies dont on a couvert ses yeux, et que, dans toute leur hideuse réalité, elle contemplera les crimes indescriptibles qui se perpètrent au nom de la Croix, emblème de l'amour fraternel, frémissante d'indignation et d'horreur, elle n'hésitera pas, nous en sommes sûrs, à élever la voix, et à faire sentir le poids de sa colère à ceux qui oublient trop que la devise : « La Force prime le Droit » n'est pas la sienne, et qu'elle est jalouse de ses hautes traditions… etc…, etc…
Signé : HOULOUSSI,
Président de la Ligue
de la Défense nationale ottomane.
XXIV
Lettre que m'adresse un étudiant polonais de l'Université de Vienne.
Quand les Polonais, après trois insurrections désespérées, furent définitivement battus, ils se réfugièrent en France et surtout en Turquie où ils furent reçus avec une générosité admirable. Et cependant, c'est la Pologne qui, de toutes les nations européennes, avait fait le plus grand tort à la Turquie, surtout pendant la guerre de 1683. Cette générosité avec laquelle les Turcs nous accueillirent est un exemple sans pareil. Le sultan d'alors, Abdul-Medjid, en protégeant ainsi les réfugiés polonais, risquait cependant de s'attirer une guerre terrible.
Votre livre nous a causé une consolation si grande que je ne puis vous l'exprimer. Le directeur de notre Université, un vieillard respectable, qui avait vécu vingt ans parmi les Turcs, s'écria presque en pleurant, après avoir fermé votre livre : « Vraiment il a élevé un monument impérissable, non seulement dans le cœur des Musulmans, mais encore de tous ceux qui les connaissent », etc…
XXV
Fragment d'une lettre que m'écrit une dame russe.
La photographie que vous reproduisez sur la couverture de votre livre a remué tous mes plus tristes souvenirs. Je suis une vieille femme, monsieur, et, en 1877, lors de cette campagne de Turquie qui fut le premier déchaînement d'une Europe imbécile contre ces infortunés Turcs, j'étais en qualité de sœur de charité sous les murailles de Plewna. Combien de pauvres Turcs n'ai-je pas vu amener à peu près dans l'état dans lequel a été mis l'original de la photographie que vous avez fait reproduire! Ils avaient été mutilés par des bandes serbes, bulgares et monténégrines, ces atroces Monténégrins surtout, qui portaient comme croix d'honneur pendues à leur ceinture, les oreilles des Turcs qu'ils avaient martyrisés avant de les tuer! Et cela on l'oublie, de même que la résignation de leurs victimes, qui avaient la force de ne pas les maudire. Et toutes ces atrocités se pratiquaient au nom de la religion chrétienne, en l'honneur de la Croix du Christ! etc., etc…