XXVI

Lettre que m'adresse un lieutenant de vaisseau français, au retour d'une campagne dans le Levant.

J'étais nourri des classiques et plein d'admiration pour la nation grecque, quand je suis arrivé pour la première fois dans le Levant, en Crète. M. Venizelos présidait alors, avec l'astuce et la mauvaise foi que vous connaissez, aux destinées de l'île.

Après deux ans de séjour, je suis revenu avec un dégoût profond pour tout ce qui est grec, et une immense pitié pour le bon, le doux, l'hospitalier peuple turc, opprimé par ses propres chefs, spolié, assassiné par les orthodoxes chaque fois que ceux-ci en trouvent l'occasion. Je ne puis vous dire avec quel sentiment de soulagement j'ai entendu votre voix s'élever enfin pour démasquer les mensonges et exciter la pitié envers ces malheureux innocents que l'on tue et dont en outre on souille la mémoire.

X.,
Lieutenant de vaisseau.

XXVII

Lettre d'un religieux français de Scutari publiée par M. Jean Tharaud dans sa brochure La Bataille à Scutari.

… Vous me trouvez turcophile, chers parents. Comment ne le serais-je pas! Voilà vingt-trois ans que je vis au milieu des Turcs, que j'apprends à connaître l'âme de ce peuple, ses qualités de cœur, sa large tolérance, sa foi profonde en Dieu, son respect de l'autorité, sa vaillance, son patriotisme. Tous les journaux catholiques de France peuvent parler de croix contre le croissant, ils négligent d'ajouter que cette croix est tout ce qu'il y a de plus grecque. Et, vraiment, ils oublient trop que depuis des années déjà la Turquie donne à nos religieux le pain que la France leur refuse… Les mensonges d'une presse vénale ou mal informée n'y changeront rien, les Turcs font la guerre en soldats ; les Balkaniques la font en bandits. Les journaux peuvent parler des atrocités turques, mais les atrocités des États orthodoxes dépassent en horreur tout ce qu'ont fait les Turcs dans le passé. Des lettres écrites par nos frères de Salonique et de Chio ; d'autres lettres adressées par des parents aux enfants de nos écoles pourraient vous édifier sur la soi-disant civilisation de ces petits peuples prétendus chrétiens.

XXVIII

Lettre que m'écrit un notable français de Salonique.