Salonique, 21 mars 1913.

Mardi, 18 courant, sur les quatre heures et demie du soir, le roi Georges de Grèce, revenant d'une de ses coutumières promenades à pied, fut mortellement atteint d'une balle de revolver tirée par une sorte de déséquilibré. Un aide de camp accompagnait Sa Majesté. Deux gendarmes crétois suivaient à une certaine distance.

L'assassin, aussitôt arrêté, fut interrogé par un officier grec. Voici les paroles textuelles de cet officier : « L'assassin parle trop purement notre langue pour que ce ne soit pas un Hellène. » En effet, il avoua s'appeler Alexandre Skinas, être grec et professeur. Ces choses vous sont connues. Ce que vous devez ignorer, ce que, du moins, on a précieusement caché, ce sont les scènes qui suivirent.

Soldats et gendarmes crétois se ruèrent dans ce quartier avec cette soif de massacrer, de tuer qui paraît être la plus grande jouissance des peuples balkaniques. Je vis trois égorgements sous mes yeux, dont un d'un pauvre vieux mendiant nègre. Les officiers disaient à ceux qui portaient le fez, de l'ôter, car ils n'étaient pas maîtres de leurs hommes. Aux balcons, les dames grecques criaient : tuez-les, tuez-les. On estime, comme nombre le plus bas, à une centaine le nombre des victimes.

Une élève du cours des jeunes filles de la mission laïque et un garçon du lycée, tous deux musulmans, ont eu leurs parents assassinés. Le père de ce dernier, Kapandii effendi, ne rentrant pas chez lui, sa femme affolée court les postes de police. On la reçoit avec des sarcasmes en lui disant que son mari repose en lieu sûr. Cette victime très connue, notable d'ici, tuée à sa porte, est transportée au loin pour enlever la preuve du crime.

Le lendemain, les journaux — par ordre — affirment que la gendarmerie crétoise a été admirable dans cette horrible soirée.

Hypocrisie et cruauté.

Censure préalable et impossibilité d'établir la vérité.

Voilà des faits nouveaux — si j'ose m'exprimer ainsi — et absolument contrôlés.

XXIX