Mahomed Diop, roi de Dakar, vient de mourir. Il était depuis longtemps déchu; mais ce grand vieillard de six pieds avait su garder une singulière et très réelle majesté et le gouverneur lui-même avait quelques égards pour sa personne.
Le fait est qu'il en imposait vraiment, ce roi, avec son air de vieille momie noire; ses traits ratatinés conservaient une certaine finesse, son regard cependant éteint paraissait encore obstiné et un peu sournois. C'était bien là le chef qu'il fallait à ce triste pays, où le soleil dessèche tout, comme pour tout faire durer éternellement.
Mahomed Diop était coiffé d'une sorte de bonnet phrygien et vêtu, à la façon des sages de l'antiquité, de longues et larges robes. Il était, bien entendu, couvert de gris-gris; à son cou pendaient une quantité d'objets bizarres, des cornes de girafe et de gazelle, des fragments de différentes bêtes et plusieurs sachets de cuir, renfermant des versets du Coran, écrits sur de petits parchemins roulés; toutes ces amulettes, racornies par le temps et la chaleur, semblaient aussi vieilles que le vieux Diop.
La case royale ne se composait, comme celle de ses sujets, que de quatre planches surmontées d'un grand dôme de paille; des citrouilles-calebasses garnissaient cet ensemble de leurs feuilles jaunes. A l'intérieur, une profusion de boucliers, d'armes sauvages et de fétiches étaient accrochés aux parois de chaume, où des lézards bleu ciel à tête orange se promenaient en toute confiance.
Au début de mon séjour au Sénégal, je demandai au roi la permission de faire son portrait: il accepta avec plaisir et posa pour moi, entouré de ses vieilles favorites et de ses petits-enfants.
[À BORD DU PÉTREL]
Mars, 1874.
Elle était originale, notre grande maison de Dakar, que j'avais mis tant de soins à embellir. Nous nous étions attachés à elle, nous nous étions même attachés à mademoiselle Marie-Félicité, la vieille mulâtresse qui nous la louait.
Cette maison était séparée en deux, dans le goût yoloff, par une cloison à mi-hauteur d'édifice. La pièce du fond, modeste, donnait sur le jardin et contenait nos lits de repos. Les murs étaient faits de vieilles planches desséchées par le soleil et badigeonnées à la chaux. Des lézards bleus couraient partout, il y avait aussi de larges araignées plates qui m'inspiraient une profonde horreur.
La pièce de devant était, elle, somptueuse; elle avait véranda sur la rue déserte et elle était entièrement tapissée de nattes blanches avec un grand luxe indigène. La porte du fond, encadrée de lances à gris-gris, était masquée par une longue draperie yoloff aux couleurs éclatantes; il y avait des sofas à l'orientale, des panoplies de cornes de gazelle, de défenses d'espadon. Il y avait aussi un crâne d'hippopotame et une peau de girafe que nous avions rapportés de Podor.