La ligne bleuâtre, là-bas, c'est la côte de Guinée,—à perte de vue, c'est la ligne monotone des vertes forêts vierges, baignant dans l'eau tiède...

... Où est-elle, ma bien-aimée?...

Je suis retourné seul dans ce pays, où j'étais venu pour te suivre, tu m'as abandonné, je t'ai perdue... Entre le passé et le présent, il y a un abîme...

La question a été décidée, je suis resté marin et je suis reparti... Mais pourquoi suis-je seul, pourquoi m'as-tu abandonné?. . .

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

... L'air lourd est chargé d'orage, de senteur de soumaré... Dans les forêts profondes on respire des miasmes de fièvre; c'est cette côte maudite, le pays des forêts silencieuses qui ne finissent pas.

Les serpents dorment sur des plantes chaudes et empoisonnées, les caïmans dorment sur une vase chaude et malsaine. L'immensité de la mer est immobile sous le ciel torride...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Les nègres frappent des coups sourds sur les tam-tam de bois; on entend aussi le mugissement des trompes en coquillage des sorciers; ils passent en pirogue; les rameurs, luisants de sueur, enfoncent leurs pagayes dans l'eau chaude qui se ride mollement comme de l'huile...

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .