Puis viennent les chambres des deux officiers de cavalerie. Le premier, d'un caractère déplorable par instant, a pour maîtresse la petite Maria, demoiselle de magasin au Louvre (section des nouveautés, rayon des grisailles)—jolie, toute jeune, avec une apparence de naïveté, un peu exagérée peut-être, mais mignonne.

Le second, d'un caractère encore plus insupportable que le premier, mais bon comme la vie; il vous demande pardon après s'être mis en colère et vous embrasse en pleurant. Sa maîtresse, Louise, est une brave fille, modiste, rue Molière à Paris. (Elle fait une certaine grimace assez drôle qu'elle appelle: «Golo content». C'est du reste tout ce qu'elle sait faire...)

Dans la maison en face demeure un officier au 3e d'infanterie de marine, vieux Sénégalais et charmant garçon. Il a commandé quatre ans au Grand Bassam, à la côte de Guinée, et c'est lui qui a introduit le yoloff comme argot dans la bande. Sa maîtresse, la grande Victoria, modiste également rue Molière, se produit peu; sa figure serait assez jolie si elle n'avait pas tant de taches de rousseur.

La chambre de la grande Victoria, à Paris, est à ma disposition pour mes travestissements.

Le dernier «Golo» habite plus loin, à la brasserie. C'est un sous-lieutenant au 19e chasseurs; bien élevé, bien gentil, mais accaparé par Armandine, demoiselle de magasin aux faux-cols, qui nous déplaît fort.

De tous mes voisins, ceux qui me gênent le plus, c'est assurément Henriette et son ami, Henriette qui me poursuit de ses bouquets et de son amour, et son ami qui ne s'en aperçoit pas. Je reçois des bouquets sur la tête dès que je parais au balcon, des bouquets de roses, des bouquets de muguet, et elle-même aussi quelquefois, car elle imagine de m'arriver par là à l'aide de ses draps. Quand je ferme ma porte, elle entre par les fenêtres... Elle et Berthe sont entrées dans ma chambre, une belle nuit, par cette voie, à ma grande frayeur; reçues à coups de poing, elles ne m'en ont nullement voulu.

Inutile de chercher à s'endormir avant deux heures du matin les nuits qu'Henriette passe à Joinville...

Joinville, 10 avril 1875.

Avril est revenu et le printemps avec lui; le temps est tiède, les prés sont pleins de fleurs et la bande des «Golos» mène vie joyeuse. Aucune fête de banlieue, aucun bal champêtre ne se passe sans nous: partout nous promenons notre grand sang-froid, notre effronterie et nos extravagances.

Cette campagne si peignée des environs de Paris finit par être insupportable à force de gaîté et de fleurs. Les beaux jours nous amènent à Joinville un vrai tourbillon de Parisiens en partie fine; des canotiers, des canotières, des grisettes et des boutiquiers,—tout ce monde chante, saute, ramasse des fleurs.