Mes camarades me visitaient beaucoup; mes amis matelots aussi; tous, comme moi, devaient bientôt s'embarquer et ma bande allait se disperser par les mers.

Le jour des malles arriva enfin et, un beau soir, je partis pour Toulon...

J'ai retrouvé, ici, avec l'air vif de la Méditerranée et le ciel radieux du Midi, une quantité d'amis qui ont pris à tâche de me distraire. Je recommence vraiment à vivre...

Je me suis même laissé englober dans une certaine bande qui s'intitule «bande lyrique», sous la présidence d'une vieille dame maritime. Nous allons donner des concerts pour les pauvres dans les villes voisines et, quelquefois, les municipalités reconnaissantes nous offrent un souper au champagne.

La bande très gaie se déplace généralement dans deux omnibus, en jouant aux petits jeux, la vieille dame et sa fille en tête.

Mais je me suis lié d'amitié avec des clowns et c'est surtout le cirque qui occupe mes loisirs.

[LETTRE DE PIERRE LOTI
A SON AMI PLUMKETT]

[À BORD DE LA COURONNE]

Toulon, 24 avril 1876.

«Cher ami,