Toulon, avril 1876.

«Madame,

»Je paraîtrai demain au Cirque Étrusque en clown masqué, revêtu d'un maillot jaune et vert. Je pense ne faire absolument rien de remarquable et me trouver fort intimidé dans mon nouveau rôle. Mais j'avais promis à mademoiselle votre fille de la prévenir et vous avez bien voulu m'autoriser à vous prendre comme intermédiaire.

»Soyez assez bonne, madame, pour me garder le secret de cette équipée, et veuillez agréer mes hommages très respectueux.

»PIERRE LOTI.

»La représentation commence à sept heures et demie. Les meilleures places sont les loges de gauche, faisant face à l'entrée des «artistes».

[À BORD DE LA COURONNE]

Toulon, avril 1870.

Ma chambre est encombrée cette nuit d'énormes bouquets montés, aussi larges que des gâteaux bretons, et qui répandent des parfums exquis. Ce sont ceux qu'on m'a jetés hier au soir, avec des oranges et une foule de petits chats en carton, au cirque où je figurais en clown, exécutant, devant un public enthousiaste, des équilibres et plusieurs genres de sauts périlleux.

Quelques amis dans la confidence assistaient à la représentation pour me faire un succès. Quelques femmes du monde aussi, venues pour m'applaudir, ont été fort attrapées de se trouver assises à côté d'autres qui n'en étaient pas (du monde) et me jetaient des fleurs; c'étaient des rapprochements drôles et nous en avons beaucoup ri, dans la coulisse, avec les écuyères,—avec mon amie Pasqualine, dite «l'Étoile du Nord, qui n'a pas sa pareille pour faire à cheval le saut à rebours».