»Confie-toi à Kadidja et à mon ami Pogarritz qui aura soin de ton honneur et de ta vie. Appelle-moi, si tu me veux auprès de toi. J'ai pris toutes les dispositions pour ta fuite et mes amis sont sûrs...
»Viens, ma bien-aimée, par ton Dieu et le Dieu des chrétiens, je te le jure, en France, tu seras ma femme, tu seras à moi devant les hommes et devant les lois de mon pays...»
La journée du 8 mars, à Lorient, fut une journée d'hiver bien sombre. La pluie, qui avait pris la veille, dura sans interruption jusqu'au soir.
J'écrivais depuis six heures du matin. A onze heures, le ciel était si couvert que c'était presque la nuit; je fermai les volets de ma chambre, j'allumai les bougies et je me rassis à mon bureau pour continuer d'écrire.
Quand j'eus terminé mes trois lettres, il était cinq heures du soir. (La lettre pour Aziyadé, écrite en turc, m'avait pris, à elle seule, plus de la moitié de la journée.)
Alors j'ouvris mes fenêtres; un jour crépusculaire terne et triste pénétra dans ma chambre; la pluie tombait toujours dans la rue grise et déserte. Je restai longtemps à cette fenêtre, à respirer l'air humide du dehors.
Je venais de prendre une décision et d'agir comme je croyais devoir agir; un apaisement se faisait en moi-même, je n'avais plus qu'à attendre.
Lorsque mes lettres furent jetées à la poste et que tout fut irrévocable, j'allai chercher Yves pour passer la soirée avec lui.
[18]Lettre écrite en turc.