[Note 560: ][ (retour) ]

Come uom che è in mare ed ha speme di gire
Quando vede lo tempo, ed ello spanna
, etc.

[Note 561: ][ (retour) ]

Or potess' io venire a voi, amorosa,
Come il ladron ascoso, e non paresse;
Ben lo mi terria in gioja avventurosa
Se l'amor tanto di ben mi facesse.
Si bel parlare, donna, con voi fora;
E direi come v'amai lungamente,
Più che Piramo Tisbe dolcemente
E v'ameraggio, in fin ch'io vivo, ancora
.

Il est resté de lui une autre canzone en cinq strophes de neuf vers d'inégales mesures et en rimes croisées [562]: mais elle ne vaut pas la première, et il est inutile d'en rien dire de plus. Il ne l'est pas au contraire de parler d'une troisième pièce, moins étendue, et dont le mérite poétique est tout aussi médiocre, mais dont la forme exige qu'on y fasse quelque attention. Quatorze vers y sont partagés en deux quatrains suivis de deux tercets. Dans les deux quatrains,

La rime avec deux sons frappe huit fois l'oreille.

[Note 562: ][ (retour) ] On la trouve dans le Recueil des Diversi poeti Antichi Toscani, donné par les Giunti, en 1527.

Deux nouvelles rimes servent pour les deux tercets; enfin c'est un véritable sonnet, et, à très-peu de chose près, construit comme ceux de Pétrarque. Nouvelle preuve que cette forme de poésie, ignorée des Provençaux, quoiqu'ils en connussent le titre, est d'origine sicilienne, et remonte jusqu'au treizième siècle [563].

[Note 563: ][ (retour) ] Voici cette pièce, qui, malgré la médiocrité des idées et la grossièreté du style, forme un monument curieux; elle a été publiée par l'Allacci, Poeti Antichi, etc.

Peroch' amore no se po vedere
E no si trata corporalemente,
Quanti ne son de si fole sapere
Che credono ch'amor sia niente.
Ma poch' amore si faze sentere,
Dentro dal cor signorezar la zente,
Molto mazore presio de avere
Che sel vedesse vesibilemente.
Per la vertute de la calamita
Come lo ferro atra' non se vede
Ma si lo tira signorevolmente.
E questa cosa a credere me'noita
Ch'amore sia e dame grande fede,
Che tutt'or fia creduto fra la zente
.

La seule différence qu'il y ait, quant à la forme, entre ces deux tercets et ceux des sonnets les plus réguliers, est que l'une des deux rimes des quatrains, ente, y est conservée, et que les tercets sont ainsi sur trois rimes, au lieu de n'être que deux. Les mots la zente y sont aussi répétés à la fin de deux vers, ce qui pèche contre la règle qui défend qu'un mot déjà mis ose s'y remontrer; règle qui est de rigueur en Italie comme en France. On peut remarquer dans ce sonnet le z vénitien, employé plusieurs fois au lieu du ci et du gi, comme faze, signorezar, la zente; soit que l'on prononçât alors ainsi en Sicile, soit que ces vers nous aient d'abord été transmis par un copiste vénitien.

On a de Pierre des Vignes six livres de lettres écrites en latin, soit en son nom, soit en plus grand nombre au nom de son empereur, et qui ont été imprimées plusieurs fois [564]. Elles sont intéressantes pour l'histoire: on y voit, comme dans un tableau vivant, et les obstacles suscités sans cesse contre Frédéric par la cour de Rome, et son infatigable activité à les vaincre. On y voit avec plus de plaisir quelques traces de la protection accordée aux lettres par l'empereur et par son chancelier. On a long-temps attribué, ou à l'un ou à l'autre, car on se partageait entre eux, un ouvrage dont le titre seul a causé un grand scandale; je dis le titre seul, puisqu'il paraît constant, non seulement que le livre n'est ni de Frédéric, ni de Pierre, mais qu'il n'exista jamais. C'est le fameux livre des trois Imposteurs. Entre les calomnies que Grégoire IX répandit contre le roi de Sicile, il l'accusa dans une circulaire à tous les princes et à tous les évêques, d'avoir dit hautement que le monde avait été trompé par trois imposteurs, Moïse, Jésus et Mahomet. Frédéric répondit à cette circulaire par une autre, où il nia formellement qu'il eût tenu ce propos. L'accusation acquit par là plus de publicité, et comme c'est toujours en croissant que la calomnie se propage, d'un propos on fit bientôt un livre, dont on accusa l'empereur, ou par accommodement son chancelier.

[Note 564: ][ (retour) ] La première édition fut faite à Bâle en 1566; la seconde à Amberg, en 1609, etc.

Ce dernier eût été heureux s'il n'eût jamais été en butte à d'autres calomnies, et il serait heureux pour la mémoire de Frédéric, que cet empereur n'eût pas prêté l'oreille à celles qui s'élevèrent dans sa cour. Elles se sont renouvelées depuis sous plusieurs formes, et ont subsisté long-temps; on ne pouvait croire qu'une faveur si haute et si bien méritée, pût être suivie d'une si épouvantable disgrâce et d'un traitement si cruel. Il paraissait impossible qu'un prince tel que Frédéric, eût fait crever les yeux à un ministre tel que Pierre des Vignes, et l'eût fait jeter dans une prison fétide, où le malheureux s'était tué de désespoir, s'il n'y avait été forcé par une trahison, ou peut-être par de plus criminels attentats; mais c'était oublier les retours de cette nature si fréquents dans la faveur des rois. Les auteurs les plus estimés par leur saine critique et par leur impartialité, en jugent mieux aujourd'hui; et le sage Tiraboschi, après avoir attentivement examiné la question, ne balance pas à conclure que Pierre des Vignes ne fut coupable d'aucun crime; que ce fut l'envie des courtisans qui le perdit; que l'empereur, trompé par eux, le condamna à perdre la vue et la liberté, et que Pierre au désespoir se donna la mort. [565]