Io son del T si forte innamorato
Perch'è principio di ligiadro nome.
Son ne più vagho ch'el fanciul di pome
Tra lettere vocali ch'o l'o chiosato.
E per più honor de perle fegurato
Per piagere o cholul de chui io fome
Suo servidor de quel ch'io posso, chome
Cholui ch'aspetta d'esser meritato.
Solo una gratia t'adomando, amore:
Fa ch'io non pera sotto'l tuo pennello,
Però che vi seria grane, disonore
,
Sed io morisse d'um picciol quadrello.
Da poi che tu m'ai messo in tanto errore,
Fa ch'io non mora nel tenpo ch'è giello.

Ce sonnet est celui de tous où la langue est le moins estropiée, et dont le sens est le plus clair. D'autres ont trait à de petites circonstances particulières à l'auteur; quelques-uns font allusion à des événements publics; ce sont de vraies énigmes pour nous. Il y en a de si obscurs qu'ils ressemblent à ces sonnets du Burchiello, inintelligibles à dessein, et qui sont de vrais coq-à-l'âne. Comment, par exemple, trouver un sens au sonnet suivant? On y voit bien que l'auteur est avec un seigneur très-riche, très-généreux, qui fait une grande dépense, et chez qui l'on fait très-bonne chère, mais ce ne sont que des à peu près, et dans plusieurs endroits le sens précis des termes nous échappe.

Saper ti fo' chucho ch'io mi godo
E trago vita chiara in alto monte
E sto con Bartoluccio chiara fonte
Che cortesia spande in ogni modo.
E se anguille, o tenche, o lucci, o pescie sodo
Si trova in Prosa gia non venne al ponte
Che'l sig. nostro spende più che conte
Che sia in crestentà perquel ch'io odo.
Et ode diletto ch'io per confortarme
Ch'andando io per mangiare a lucielerte
E lasciamo a la porta le greve arme.
Et ogni gitto fo poi le Incherte
Et tu al teber vai avisando e chupi.
Et io l'inglogliert fo come fan lupi.
Lesist ghut ghot meh nengherte,
Elgli e il mio buon singnor di cui io fame
Che spende e spande chome fronde in rame
.

Il y en a un autre, fait sans doute dans la première jeunesse de l'auteur, dans lequel tout ce qu'on voit, c'est que son père l'entretenait chichement, qu'il allait presque nu, qu'il avait perdu au jeu une petite jument, que pour obtenir de ce père un habit, il avait promis de ne plus jouer, et qu'il avait manqué à sa parole. C'est celui qui commence par ce quatrain, page 220 du recueil.

Nel tempo santo non vidd' io mai peira
Nuda e scoperta come e'l mio farsecto;
E porto una gonella senza ochiecto
Che chi la mira lem par cosa tetra
.

Mais en voici un pour lequel, du moins à ce qu'il me semble, il faudrait être un Œdipe.

Non morier tanti mai di calde febbre
Dal giorno in qua ch' el primo fanciul nacque
Quant' io o pention che del mi piacque
La scurità di quel che amar co l'ebbre.
Eccho l'alpino trasmutato in tebbre
Fu per fortuna de le soperchie acque
Chosi io sono poi che'llocho giacque
Ove assagiai del bem del dolce tebbre.
Che corre sempre chiaro chome tesino,
Questo fiume real sovr'ongne fiume
In fino al mare non perde il suo chamino.
Risplende in esso un si lucente lume
Che di lui mira di corraggio fino
Puo dir ch'amor lui reggie in bel chostume.
Si ch'io o lasciata l'aiera de le chiane
E voi la teverina per mio stallo,
Chambiando il visa adoro un chiar cristallo
.

On doit remarquer que ces deux derniers sonnets ont trois tercets à la fin, au lieu de deux. C'est un reste des libertés qu'on se donnait à la naissance de cette sorte de poésie, avant que la forme en fût entièrement fixée; c'est d'un autre côté l'origine des sonnets avec une queue, colla coda, qu'on employa quelques siècles après, surtout dans le genre burlesque et satirique, et dont il paraîtrait que Cecco Nuccoli eût fourni le premier modèle.

[Page 402, dernier alinéa.]--«La première forme des odes ou canzoni, était empruntée des Provençaux: à leur exemple, les poëtes italiens avaient, des l'origine, donné aux strophes des entrelacements harmonieux de rimes et de mesures de vers».

Une chose qui mérite d'être observée, c'est que de toutes les formes de strophes que les Italiens pouvaient emprunter des Provençaux, ils ne choisirent que les plus longues et les plus graves. N'ayant cependant à chanter que l'amour, ils négligèrent toutes ces formes brèves et légères, flatteuses pour l'oreille et favorables au chant, mais qui leur parurent apparemment trop frivoles pour le caractère qu'ils voulurent donner dans leurs vers à cette passion. Quelques-uns des premiers poëtes siciliens essayèrent de ces rhythmes plus vifs de six, de sept et de neuf vers; mais les meilleurs poëtes du continent, Guinizzelli, Guittone d'Arezzo et les autres, contents d'avoir le sonnet pour petite ode, ne donnèrent à leurs grandes canzoni que des strophes de douze, treize, quinze, dix-huit et vingt-un vers, parmi lesquels encore ils en mirent plus souvent de grands que de petits. Dans leurs strophes bien arrondies, les rimes et les mesures de vers, quoique harmonieusement entrelacées, ne résonnèrent point aussi sensiblement, ne vibrèrent point avec autant de force, et n'eurent point de retours aussi sonores que dans ces petits couplets qui pouvaient exprimer la joie comme la tendresse, et qui devaient inspirer aux chanteurs des airs aussi variés que les rhythmes. On ne trouve dans leurs poésies rien qui ressemble à ces jolies coupes de strophes: