[Note 226: ][ (retour) ] Martin Gerbert, abbé de Saint-Blaise, l'a donné dans le vol. II de ses Scriptores ecclesiastici de musicâ sacrâ potissimum. Typis San-Blasianis, 1784, 3 vol. in-4°. On y trouve aussi la lettre de Gui au moine Michel, d'où sont tirés les détails précédents.
[Note 227: ][ (retour) ] À Milan, dans l'Ambroisienne; à Pistoja, chez les chanoines, à Florence, dans la Laurentienne. On en possède trois en France à la Bibliothèque impériale. Il y en avait un à l'abbaye de Saint-Evroult (diocèse de Lizieux); ce dernier passait pour le plus complet de tous: (Voy. La Borde, Essai sur la Musique, t. III, p. 346.) il est perdu.
C'est aussi vers la fin de ce siècle que l'école de Salerne produisit ce petit poëme qui lui a fait plus de réputation que les gros ouvrages de Constantin, et ceux de ses plus savants docteurs [228]. Les vers en sont encore cités comme des adages, quelquefois même comme des autorités. Ce sont assurément de mauvais vers, presque tous léonins ou rimés, selon la coutume de ce temps; mais ils ne manquent pourtant pas d'une certaine concision technique, qui est un des mérites du genre. Ce poëme fut présenté au nom de l'école même, à un roi d'Angleterre [229]. On a cru que c'était saint Édouard qui, peu de temps avant sa mort, arrivée en 1066, avait consulté par écrit l'école de Salerne sur sa santé, et en avait reçu cette réponse. Muratori lui-même est de cette opinion [230]; mais Tiraboschi conjecture, avec plus de vraisemblance, que Robert [231], duc de Normandie, l'un des fils de Guillaume-le-Conquérant, à son retour de la première croisade, en 1100, vint dans la Pouille, où il fut amicalement reçu par le duc Roger, qui en était alors maître; qu'il y épousa Sibylle, fille d'un seigneur du pays; qu'il y apprit la mort de son frère Guillaume II [232], tué à la chasse cette même année, et l'usurpation de son jeune frère Henri, qui s'était emparé du trône d'Angleterre, en son absence; qu'ayant dès lors formé le projet de lui disputer la couronne, il avait commencé par prendre le titre de Roi; et que, se trouvant à Salerne même, avec ce titre, et sans doute avec un cortége royal, l'école, soit qu'il l'eût consultée ou non, n'ayant rien à craindre de Henri, dédia ce poëme à Robert, en lui donnant le titre de roi d'Angleterre, qui flattait ses espérances et son orgueil. [233]
[Note 228: ][ (retour) ] Voy. sur cette école et sur Constantin l'Africain, ci-dessus, page 118.
[Note 229: ][ (retour) ] Quelques auteurs ont prétendu qu'il avait été dédié à Charlemagne, et se sont fondés sur des manuscrits, qui portent pour titre: Scholœ Salernitanœ versûs medicinales inscripti Carolomagno Francorum regi, etc.; et pour premier vers:
Francorum regi scribit tota schola Salerni.
Mais c'est une altération prouvée du texte, qui ne peut être venue que du caprice d'un copiste. Charlemagne n'étendit point ses conquêtes vers Salerne, et n'eut jamais d'influence sur ce pays-là. Dans tous les autres manuscrits, ces vers sont adressés à un roi d'Angleterre, Anglorum Regi scribit, etc. Voy. sur tout ceci, Tiraboschi, t. III, p. 308 et suiv.
[Note 230: ][ (retour) ] Antichità ital., t. III.
[Note 231: ][ (retour) ] Surnommé Courte-cuisse.
[Note 232: ][ (retour) ] Surnommé le Roux.
[Note 233: ][ (retour) ] On peut citer, à l'appui de cette conjecture, le titre que porte ce poëme dans un des manuscrits de notre Bibliothèque impériale; il y est intitulé: Salernitanœ scholœ versûs ad regem Robertum. (Catalog. codd. manusc. Bibl. Reg. Paris, t. IV, p. 295, n°. 6941). On sait, au reste, que Robert ne fut roi qu'en idée; qu'il descendit l'année suivante en Angleterre avec une forte armée, mais qu'ayant été vaincu, il fut forcé de se contenter de son duché de Normandie et d'une somme d'argent que Henri consentit à lui payer; que la guerre s'étant rallumée en 1106, entre les deux frères, Robert, vaincu de nouveau, perdit son duché, fut emmené en Angleterre, et renfermé dans une prison, où il resta jusqu'à sa mort.
Il est probable que l'un des professeurs de l'école fut chargé de rédiger l'ouvrage, et que les autres ne firent que l'approuver. On désigne communément ce rédacteur par le nom de Giovanni, ou Jean de Milan, sans que l'on sache rien autre chose de lui, sinon que son nom se trouve, dit-on, à la tête de l'un des manuscrits de ce poëme [234]. Cette raison de le lui attribuer est faible; mais on ne connaît ni aucun autre manuscrit qui la confirme, ni aucune indication quelconque d'un autre auteur [235].