Quant à l'édit attribué à Lothaire II, ces deux excellents critiques sont moins réservés: ils en nient formellement l'existence, qui n'est en effet attestée par aucune pièce ou copie authentique. Les Italiens conservèrent long-tems après l'an 1135, le droit de choisir entre les lois romaines et lombardes. Muratori donne pour preuves, des contrats et des actes passés à la fin du douzième siècle [264]: on en peut même citer des exemplaires très-avant dans le treizième [265]. Mais enfin les lois romaines prévalurent, surtout lorsqu'elles eurent été expliquées et commentées par des jurisconsultes habiles; et les lois lombardes, et à plus forte raison toutes les autres qui avaient eu de l'autorité, la perdirent entièrement.

[Note 264: ][ (retour) ] Préface sur les lois lombardes, Script. Rer. Ital., vol. I, part. II.

[Note 265: ][ (retour) ] Tirab., loc. cit., p. 322.

On accorde généralement à Bologne l'honneur d'avoir été la plus célèbre et la plus ancienne école où l'on ait enseigné publiquement les lois. Cette ville devint en quelque sorte, pour l'Europe entière, la métropole, ou, comme on le voit inscrit sur une ancienne médaille, la mère commune des études [266]. Warnier ou Garnier, en latin Irnerius, né à Bologne [267], vers le milieu du onzième siècle, fut le premier à y professer avec éclat le droit romain. Il avait commencé par enseigner la grammaire et la philosophie. On attribue à différents motifs la préférence qu'il donna ensuite à l'étude et à l'enseignement des lois. Il n'y en eut peut-être point d'autre que la nouvelle faveur dont il vit qu'elles étaient l'objet. Il ne se borna pas à des leçons verbales sur toutes les parties des Pandectes; il les commenta dans une glose que l'on dit avoir été claire et précise [268], exemple rarement suivi par les autres glossateurs. Ce travail lui fit donner les titres de restaurateur, même de créateur de la science des lois, et de lampe, ou flambeau du droit [269]. Sa réputation le fit appeler dans plusieurs circonstances par la comtesse Mathilde, et par l'empereur Henri V, pour leur donner ses avis. C'est à l'invitation de la comtesse qu'il avait entrepris de revoir et d'expliquer la collection des lois de Justinien. Il suivit, en 1118, à Rome, l'Empereur, qui se servit de lui pour engager les Romains à élire son anti-pape Burdino, qu'il opposa au pape Gelase II. Ce n'est pas sans doute la plus belle action d'Irnérius, et c'est la dernière date que fournit sa vie. Il est donc probable qu'il florissait à Bologne dès le commencement du douzième siècle, et qu'il y avait donné ses leçons et publié sa glose plusieurs années avant la fin du siècle précédent.

[Note 266: ][ (retour) ] Mater studiorum. Voyez l'ouvrage du P. Sarti, intitulé: de Claris professoribus Bononiensibus.

[Note 267: ][ (retour) ] Voy. ibid., et Tirab. ubi supr. p. 327.

[Note 268: ][ (retour) ] Voy. le Père Sarti, ubi supr.

[Note 269: ][ (retour) ] Lucerna juris.

On attribue à Irnérius l'invention des degrés qui conduisent au doctorat, des titres de bachelier et de docteur, du bonnet et des autres ornements, qui sont les marques de ces différents degrés. Il crut qu'en frappant ainsi l'imagination par les yeux il concilierait plus de respect à la science [270]. C'était pour son école de droit qu'il avait imaginé ces distinctions; celles de théologie les adoptèrent, et bientôt elles se répandirent dans toutes les autres universités.

[Note 270: ][ (retour) ] Giamb. Corniani, Secoli della Lett. ital., etc., t. I, p. 65.