[Note 299: ][ (retour) ] In Telese, dans le royaume de Naples. Il reprit l'histoire de Sicile, depuis 1127 jusqu'en 1135. C'est à la prière de Mathilde, sœur du roi Roger, qu'il dit l'avoir écrite.

[Note 300: ][ (retour) ] Tirab., t. III, liv. IV, c. 3.

Quatre principaux chroniqueurs se distinguent parmi un plus grand nombre que ces mêmes états eurent alors; Lupo, surnommé Protospata, natif de la Pouille, qui raconta les événements et les révolutions arrivées à Naples et en Sicile, depuis la fin du neuvième siècle jusqu'au commencement du douzième; Falcone, de Bénevent, son continuateur jusqu'à l'an 1140, Romoald, archevêque de Salerne, personnage très-important de ce siècle, qui embrassa dans sa chronique l'histoire universelle, depuis le commencement du monde jusqu'à l'année 1178; enfin Hugues Falcandus, auteur d'une histoire de Sicile, où il raconte surtout fort en détail les désastres que ce malheureux pays éprouva depuis 1154 jusqu'en 1169, sous ses deux rois Guillaume.

En rendant justice au zèle patriotique du savant Muratori, qui a recueilli et publié tous ces vieux historiens d'Italie, on ne peut se faire illusion sur des siècles qui n'avaient pas d'autres monuments historiques, ni presque d'autre littérature; car on n'oserait donner ce nom aux poëmes latins, peut-être encore plus grossiers que ceux du siècle précédent, qu'on trouve dans le même recueil, et qui ne méritent même pas qu'on les nomme.

Si l'on recherche avec attention ce qui pouvait arrêter si long-temps dans ses progrès une nation naturellement ingénieuse, on trouvera un grand obstacle, dont il est temps de parler au moment où nous sommes prêts à le voir disparaître.

On s'est beaucoup et utilement occupé, dans ces derniers temps, de l'influence des signes sur les idées. Sans aller peut-être aussi loin à cet égard que quelques-uns de nos philosophes, on ne peut nier ni la force, ni l'étendue de cette influence. Deux choses paraissent également démontrées, c'est qu'il faut qu'un peuple soit déjà très-avancé pour que sa langue devienne capable de s'élever au rang des langues littéraires, et que ce n'est qu'après que sa langue est devenue telle, que ce peuple peut faire dans les lettres de véritables progrès. À quel état, sous ce point de vue, l'Italie était-elle réduite? Depuis plusieurs siècles, la langue latine proprement dite n'y existait plus, et une autre langue n'y existait pas encore. Les étrangers qui remplissaient Rome sous ses derniers empereurs, les Goths et les Ostrogoths qui la conquirent, les Lombards, et après eux les Francs, les Allemands, les Hongrois, les Sarrazins, avaient successivement apporté tant d'altération dans le langage national, que ce n'était plus le même langage. On cherchait encore à l'écrire, on n'écrivait même pas autrement, mais excepté dans les écoles, on ne le parlait plus. On ne l'y parlait pas, on ne l'écrivait pas savamment; c'était pourtant une langue savante, ou plutôt une langue morte. Tous les auteurs dont nous avons parlé jusqu'ici, sont latins, ou tâchèrent de l'être, et l'on peut dire que, du moins quant au langage, il n'y avait point encore d'Italiens en Italie.

Comment et de quels éléments se forma cette belle langue, reconnue pour la première des langues modernes, et qui maintenant fixée depuis cinq siècles, par des écrivains demeurés classiques, a, pour ainsi dire, pris place parmi les anciennes? L'apparition de ce phénomène mérite de nous arrêter quelques instants.

Soit qu'il n'y ait eu qu'une langue primitive, dont toutes les autres aient été des dérivations et des produits, soit que les diverses peuplades humaines se soient fait d'abord chacune leur langue, et que, par des combinaisons multipliées, et après une longue suite de siècles, ces divers idiomes particuliers se soient fondus dans un idiome général, qui se sera ensuite divisé et subdivisé de nouveau en langues et en dialectes, il est peu de sujets plus dignes de l'attention du philosophe que ces formations, ces séparations et ces réunions de langages, qui marquent les principales époques de la formation, de la séparation et de la réunion des peuples. Ce n'était pas la première fois que l'Italie subissait une de ces grandes révolutions. L'idiome latin que celle-ci faisait disparaître, avait été dans une antiquité reculée, le produit d'une révolution pareille. Voici l'idée générale que nous en donnent quelques savants [301].

[Note 301: ][ (retour) ] Simon Pelloutier, dans son Histoire de Celtes, édition de Paris, 8 vol. in-12, 1770, 1771; Bullet, dans ses Mémoires sur la langue celtique, 3 vol. in-fol., Besançon, 1754, etc. Bullet, moins connu que Pelloutier, était professeur royal et doyen de la faculté de théologie de l'Université de Besançon, de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de la même ville. Son ouvrage contient, I°. l'histoire de la langue Celtique, et une indication des sources où l'on peut la trouver aujourd'hui; 2°. une description étymologique des villes, rivières, montagnes, forêts, curiosités naturelles des Gaules, et des autres pays dont les Gaulois ou Celtes ont été les premiers habitants; 3°. un Dictionnaire Celtique, renfermant tous les termes de cette langue.

Lorsqu'à une époque prodigieusement reculée, les anciens Celtes ou Celto-Scythes, dont la langue, si elle n'est pas primitive dans un sens absolu, l'est au moins relativement à presque toutes les langues connues, se furent répandus d'une part dans l'Asie occidentale, et de l'autre en Europe, ils s'étendirent dans cette dernière partie, les uns au nord, les autres le long du Danube. La postérité de ceux-ci, remontant ce fleuve, arriva ensuite aux bords du Rhin, le franchit et remplit de ses populations nombreuses tout l'intervalle qui s'étend des Alpes aux Pyrénées et aux deux mers: partout la langue des Celtes se mêlant avec les idiomes indigènes, forma des combinaisons où elle domina sensiblement: et même dans des cantons qu'ils avaient trouvés déserts, ou dont ils avaient fait disparaître les habitants, le celtique se conserva dans sa pureté originelle.