«De jeunes filles d'une blancheur éclatante, marchant avec délicatesse, semblables à des statues d'ivoire, couvertes de voiles de soie brodés d'or, et gardées soigneusement;

«L'abondance, la tranquille sécurité, et le son des lyres plaintives, sont les vraies douceurs de la vie;

«Car l'homme est l'esclave de la fortune, et la fortune est changeante. Les choses heureuses et contraires, la richesse et la pauvreté sont égales, et tout homme vivant se doit à la mort» [366].

[Note 366: ][ (retour) ] William Jones, ibid., p. 304.

La comparaison de ces jeunes filles avec des statues d'ivoire est un trait plein de délicatesse et de grâce. La comparaison ou similitude est la figure favorite des Arabes; mais ils les tirent plus souvent des objets de la Nature que de ceux de l'art. Leurs habitudes et leurs mœurs expliquent cette préférence. En faisant le portrait de leurs belles, ils comparent leurs boucles de cheveux à l'hyacinthe; leurs joues à la rose, leurs yeux, ou pour la couleur, aux violettes, ou pour l'aimable langueur, aux narcisses; leurs dents aux perles; leur sein aux pommes; leurs baisers au miel et au vin; leurs lèvres aux rubis; leur taille au cyprès; leur marche aux mouvements du cyprès agité par le vent; leur visage au soleil; leurs cheveux noirs à la nuit; leur front à l'aurore; elles-mêmes enfin aux chevreaux ou aux petits du chevreuil [367].

[Note 367: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 148.

Les meilleurs poëtes arabes se plaisent à décrire les productions de la nature, et surtout les fleurs et les fruits; et de même qu'ils les emploient dans leurs comparaisons pour servir de parure à la beauté, de même ils se servent de la beauté humaine pour embellir, par des comparaisons, les fleurs ou les fruits qu'ils décrivent. «Ce fruit, dit l'un d'eux, est d'un côté blanc comme le lys; de l'autre, aussi vermeil que la pêche ou que l'anémone, comme si l'amour avait réuni la joue d'une jeune fille à celle de son amant» [368]. Un autre compare la narcisse qui vient d'éclore aux dents blanches d'une jeune fille qui mord une pomme d'Arménie [369].

[Note 368: ][ (retour) ] William Jones, ibid. p. 156.

[Note 369: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 161.

Dans le genre héroïque, leurs comparaisons ont quelquefois la force et la grandeur de celles d'Homère. Ils disent d'une troupe de guerriers: «Ils se précipitent comme un torrent rapide quand la nue ténébreuse, et tombant avec violence, a gonflé ses eaux» [370]. Ils disent à un général marchant à la tête de ses troupes: «Ton armée agitait autour de toi ses deux ailes, comme un aigle noir qui prend son vol» [371]. Un guerrier s'avance comme un éléphant farouche; il s'élance comme un lion au milieu d'un troupeau. Enfin, dans ces moments terribles où Homère entasse comparaisons sur comparaisons pour mieux exprimer l'ardeur et le désordre des combats, il n'a rien de plus chaud ni de plus animé que ce tableau de Ferdoussy représentant un héros dans la mêlée. «Tantôt il se courbe sur son coursier; tantôt, s'élevant comme une montagne, il frappe de sa lance ou de son épée dure comme le diamant; tantôt il s'avance comme le nuage qui verse la pluie. Vous diriez: est-ce le ciel, ou le jour, ou l'éclair, ou le torrent des eaux printannières? Vous diriez: c'est un arbre chargé de fer; il agite ses deux bras comme les ruisseaux du platane» [372].