[Note 370: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 151.
[Note 371: ][ (retour) ] Id. ibid., p. 152.
[Note 372: ][ (retour) ] William Jones, ibid. p. 154.
Ils ne sont pas moins féconds en métaphores, ou plutôt ils parlent presque toujours métaphoriquement: tout ce qui vient d'un objet est chez eux son fils ou sa fille; tout ce qui produit une chose est son père ou sa mère: les choses liées ou semblables entre elles sont frères ou sœurs. Un poëte appelle le chant des colombes le fils de la tristesse; les mots sont les fils de la bouche; les larmes, les filles des jeux; l'eau est la fille des nuages; le vin, le fils des grappes; et l'hymen du fils des grappes avec la fille des nuages n'est que du vin trempé d'eau. Ils disent l'odeur et le doux parfum de la victoire; ils font un fréquent et singulier usage des verbes verser et puiser; ils osent dire: «L'échanson de la mort s'approcha d'eux avec la coupe du trépas: il en arrosa le jardin de leur vie, et ils furent anéantis» [373].
[Note 373: ][ (retour) ] William Jones, ibid., cap. 6, p. 138.
Presque toutes les autres figures de pensées et de mots sont connues des Arabes. Leur langue se prête singulièrement à ces dernières. Celle qui consiste à prendre le même mot dans deux acceptions différentes, ou à faire jouer ensemble deux mots presque semblables, revient très-fréquemment dans leurs vers; mais cette figure, ou plutôt ce jeu de mots, disparaît dans les traductions. Parmi les figures de pensées, la prosopopée est une de celles qu'ils emploient le plus heureusement et le plus souvent. Ils lui donnent une vivacité merveilleuse, et une grâce presque magique [374]. Chez eux, tout est vivant et animé. Les fleurs, les oiseaux, les arbres parlent; les qualités abstraites, la beauté, la justice, la gaîté, la tristesse, sont personnifiées; les prés rient; les forêts chantent; le ciel se réjouit; la rose charge le zéphyr de messages pour le rossignol; le rossignol décrit les beautés de la rose; les amours de rose et du rossignol forment une mythologie charmante qui revient à chaque instant dans leurs vers; la Nature entière est comme un théâtre où il n'y a plus rien d'inanimé, de muet ni d'insensible.
[Note 374: ][ (retour) ] Ibid., cap. 8, p. 168.
On a vu, par quelques citations, qu'ils connaissent la poésie héroïque. Il n'ont point cependant de véritables épopées. Leurs poëmes héroïques ne sont que des histoires écrites en vers élégants, et ornées de toutes les couleurs de la poésie: telle est surtout leur grande histoire, ou, si l'on veut, leur poëme en prose dont Timour ou Tamerlan est le héros, et dont on vante les riches images, les narrations, les descriptions, les sentiments élevés, les figures hardies, les peintures de mœurs et l'inépuisable variété [375].
[Note 375: ][ (retour) ] William Jones, ibid., donne l'analyse de ce poëme, chap. 12, p. 238.
Les Persans et les Turcs ont un nombre infini de ces poëmes sur les exploits et les aventures de leurs plus fameux guerriers; mais les fables extravagantes dont ils sont remplis, les font plutôt considérer comme des romans et des contes que comme des poëmes héroïques [376]. On en excepte cependant les ouvrages du persan Ferdoussy, qui contiennent l'histoire de Perse, dans une suite de très-beaux poëmes. William Jones, sans vouloir le comparer à Homère, avec lequel nous venons de voir, cependant, qu'il a des traits de ressemblance, trouve de commun entre eux et le génie créateur et l'originalité. Ils puisèrent tous deux, dit-il, leurs images dans la nature elle-même; ils ne les ont pas saisies par imitation, par reflet; ils n'ont pas peint, comme les poëtes modernes, la ressemblance de la ressemblance. Au reste, les fées, les génies, les griffons-fées forment le merveilleux de ces poëmes, d'où il est évident qu'ils ont passé dans les nôtres.