[Note 376: ][ (retour) ] Le même, dans son Traité de la Poésie orientale, à la suite de l'histoire de Nadir-Shah.

Les Arabes ont un genre ou la teinte habituelle de leur imagination les rend très-propres à réussir; c'est la poésie funèbre. Ils y célèbrent par des distiques ou d'autres petits poëmes, les personnes qui leur étaient chères, ou les personnages célèbres. D'Herbelot rapporte celui-ci [377]: «Mes amis me disaient: Si tu allais, pour te soulager, visiter le tombeau de ton ami. Je répondis: A-t-elle donc un autre tombeau que mon cœur»?

J'en ajouterai un autre d'un genre tout différent, et tout-à-fait extraordinaire, c'est l'épitaphe du libéral et vaillant Maâni [378].

[Note 377: ][ (retour) ] Bibl. orient., citée par William Jones, Poës. Asiat. Comment., ch. 13, p. 258.

[Note 378: ][ (retour) ] William Jones, ibid., p. 261.

«Approchez, mes amis, approchez de Maâni, et dites à son tombeau: Que les nuages du matin t'arrosent de pluies continuelles!

«O tombeau de Maâni! toi qui n'étais qu'une fosse creusée dans la terre, tu es maintenant le lit de la bienfaisance. O tombeau de Maâni! comment as-tu pu contenir la libéralité qui remplissait la terre et les mers? Que dis-je, tu as reçu la libéralité, mais morte: si elle eût été vivante, tu aurais été si étroit que tu te serais brisé.

«Il existait un jeune homme, que sa générosité fait vivre encore après sa mort, comme la prairie, quand un ruisseau l'a parcourue, reverdit avec plus d'éclat.

«Mais à la mort de Maâni, la libéralité est morte, et le faîte de la noblesse d'âme est abattu».

Je cite de pareilles singularités, non certes comme des objets d'imitation, mais pour que nous sachions dans la suite à qui attribuer ce faux goût, si contraire à la nature, que les anciens ne connurent jamais, et qui a si long-temps infecté le style moderne.