[Note 501: ][ (retour) ] Millot, ibid., p. 448. Je rectifie sa traduction, qui n'est nullement conforme au texte; il en a fallu faire autant de plusieurs autres passages.
Lo Sain Esperitz
Que receup cara humana
Entenda mos precs
E fraigna tos becs,
Roma; no'm entrecs
Com' es falsa e trafana
Vas nos e va'ls Grecs.
Pierre Cardinal, l'un des censeurs les plus âpres de mœurs de son siècle [502], n'a pas épargné les prêtres et les moines dans ses satires. «Indulgences, pardons, Dieu et le diable, ils mettent, dit-il, tout en usage. À ceux-là, ils accordent le paradis par leurs pardons; ils envoyent ceux-ci en enfer par leurs excommunications; ils portent des coups qu'on ne peut pas parer, et nul ne sait si bien forger des tromperies qu'ils ne le trompent encore mieux». Et plus loin: «Il n'est point de vautour qui évente de si loin une charogne que les gens d'église et les prédicateurs sentent un homme riche. Aussitôt ils en font leur ami; et quand il lui survient une maladie, ils lui font faire une donation qui dépouille ses parents.... Vous les voyez sortir tête levée des mauvais lieux pour aller à l'autel. Rois, empereurs, ducs, comtes et chevaliers avaient coutume de gouverner les états; les clercs ont usurpé sur eux cette autorité, soit à force ouverte, soit par leur hypocrisie et leurs prédications, etc.».
[Note 502: ][ (retour) ] Millot, t. III, p. 236 et suiv.
Mais ce n'était pas seulement sur le clergé que la liberté des Troubadours s'exerçait; elle n'épargnait pas les objets les plus sacrés; et dans ce siècle où la religion avait tant d'empire sur les opinions et si peu sur les mœurs, où elle armait les croyants contre les incrédules, et même contre les croyants quand l'intérêt temporel de ses chefs le voulait ainsi, elle n'était guère plus respectée des poëtes dans leurs vers, que des moines dans leur conduite. C'était pour eux, même dans leurs poésies amoureuses, un sujet de figures, d'apostrophes ou de comparaisons comme les autres, et dont ils usaient tout aussi librement.
L'un compare un baiser de sa dame [503] aux plus douces joies du Paradis; l'autre abandonnerait sans façon sa part de ce lieu de délices pour les faveurs de la sienne; un troisième [504], si Dieu le laisse jouir de son amour, croira que le Paradis est privé de liesse et de joie; un autre, quand il est auprès de sa maîtresse, fait le signe de la croix, tant il est émerveillé de la voir [505]; un autre encore assure que, s'il obtient le bonheur qu'il désire, il éprouvera ce que dit la Bible, qu'en bonne aventure un jour vaut bien cent, allusion très-profane à des paroles du psalmiste [506]; un autre enfin se croit en amour l'égal des grands et des rois: ces vaines distinctions de rang disparaissent, dit-il, devant Dieu, qui ne juge que les cœurs; puis s'adressant à sa dame: «O parfaite image de la Divinité, que n'imitez-vous votre modèle [507]»! Plusieurs, lorsqu'ils sont guéris de leur passion pour une femme mariée, ne croient pouvoir la quitter qu'en se faisant délier de leurs serments par un prêtre, et le prêtre vient très-sérieusement les dispenser de l'adultère [508]; d'autres, maltraités par leur dame, font dire des messes, brûler des cierges et des lampes pour se la rendre favorable [509].
E mi baisa la boqu'els huels amdos
Don mi sembla lo ioy de Paradis.Bernard de Ventadour.
[Note 504: ][ (retour) ] Arnaud de Marveil:
Que si m'lais Dieus s'amor iauzir,
Semblaria'm, tan la dezir,
Ab lyeis Paradisus desertz.
[Note 505: ][ (retour) ] Arnaud Catalans.
Dies una in atriis tuis super millia.
L'auteur de ce trait est Bernard de Ventadour.
[Note 507: ][ (retour) ] Arnaud de Marveil.