[Note 508: ][ (retour) ] Entre autres, Pierre de Barjac. Millot, t. I, p. 122.
[Note 509: ][ (retour) ] Arnaud Daniel, dans Millot, t. II, p. 485. Dans Nostradamus, cela est plus fort, il entend mille messes par jour, priant Dieu de pouvoir acquérir la grâce de sa dame; p. 42. Dans le texte provençal, six messes selon quelques manuscrits, et mille messes selon d'autres.
Sis {
{messas naug en perferi
Mill {
En art lum de ser e d'oli
Che Dieus me don bon afert.
Dans des sujets plus graves, l'un [510], regrettant un Troubadour [511] que la mort vient d'enlever, dit que Dieu l'a pris pour son usage. Si la Vierge aime les gens courtois, ajoute-t-il, qu'elle prenne celui-là. L'autre [512], ayant perdu sa maîtresse, dit qu'il ne prie pas Dieu de la recevoir dans son Paradis; sans elle, le Paradis lui paraîtrait mal meublé de courtoisie. Raimond de Castelnau, dans une satire dirigée principalement contre les moines, dit que «si Dieu sauve, pour bien manger et avoir des femmes, les moines noirs, les moines blancs, les templiers, les hospitaliers et les chanoines auront le Paradis, et que S. Pierre et S. Paul sont bien dupes d'avoir tant souffert de tourments pour un Paradis qui coûte si peu aux autres [513]». Dans une pièce dévote consacrée à la Vierge, Peyre, ou Pierre de Corbian, affirme que tous les chrétiens savent et croient ce que l'ange lui dit quand elle reçut par l'oreille Dieu qu'elle enfanta vierge [514]. Il compare la merveille de son enfantement à l'action du soleil, dont la lumière traverse le verre sans le corrompre, comparaison qui a été répétée par d'autres poëtes, et même, je crois, par des docteurs. Peyre Cardinal tient un plaidoyer tout prêt pour le jour du jugement, en cas que Dieu veuille le damner [515]. Il dira à Dieu que Dieu a grand tort de perdre ce qu'il peut gagner, et de ne pas remplir son Paradis autant qu'il peut; à saint Pierre, qui en est le portier, que la porte d'une cour doit être ouverte à tout le monde. Il prouvera enfin à Dieu, par de bons arguments, qu'il ne doit pas le damner pour des péchés qu'il n'eût pas commis s'il n'avait pas été au monde; mais il prie la sainte Vierge d'obtenir qu'il ne soit pas obligé d'en venir là avec son fils.
[Note 510: ][ (retour) ] Deudes de Prades.
[Note 511: ][ (retour) ] Hugues Brunet; Millot, t. I, p. 315.
[Note 512: ][ (retour) ] Boniface Calvo, ibid., t. II, p. 366.
[Note 513: ][ (retour) ] Boniface Calvo, p. 77. Le texte provençal dit;
Si monge nier vol Dieu que si an sal
Per pro maniar ni per femnas tenir,
Ni monge blanc per boulas amentir,
Ni per erguelh temple ni l'ospital,
Ni canonge per prestar a renieu,
Ben tenc per folh sanh Peyre, sanh Andrieu
Que sofriro per Dieu aital turmen,
S'aiquest s'en uen aissi a salvamen.
[Note 514: ][ (retour) ] Millot, t. III, p. 233.
[Note 515: ][ (retour) ] ibid., p. 268.
Un Troubadour qui servait dans une croisade [516], mécontent du tour que les affaires y avaient pris, s'écrie: «Seigneur Dieu, si vous m'en croyiez, vous prendriez bien garde à qui vous donneriez les empires, les royaumes, les châteaux et les tours». Un autre [517], désespéré de la mort du bon roi saint Louis, si ardent à servir Dieu, maudit les croisades et le clergé, promoteur de la guerre sainte; il maudit Dieu lui-même qui pouvait le rendre heureux; il voudrait que les chrétiens se fissent mahométans, puisque Dieu est pour les infidèles. Dans une tenson de Peguilain, il propose à Elias, son interlocuteur, cette question à résoudre. Sa dame lui a permis de passer une nuit avec elle, mais sous promesse de ne faire que ce qu'elle voudra; il se croit obligé d'être fidèle à son serment. J'aimerais mieux le rompre, répond Elias; j'en serais quitte pour aller chercher des pardons en Syrie [518]; trait de lumière sur l'efficacité morale des pélerinages à la Terre-Sainte, des indulgences, des pardons et de toutes les superstitions de cette espèce. Dans une autre tenson entre Granet et Bertrand [519], deux Troubadours peu célèbres, Granet exhorte Bertrand à renoncer à l'amour et à travailler au salut de son âme en passant outre-mer, où l'antechrist est sur le point de détruire ceux qui y sont allés pour convertir les infidèles. Bertrand répond qu'il est fort aise du succès de l'antechrist; qu'il est prêt à croire en lui, dans l'espérance qu'il fléchira en sa faveur le cœur de sa maîtresse. Granet lui reproche l'indigne voie par laquelle il veut parvenir à son but. Ce bien, lui dit-il, serait payé trop cher par votre damnation. Tout est légitime pour sauver ma vie, répond Bertrand; je meurs pour la plus aimable des femmes, et ayant perdu l'esprit, si je pèche en me jetant dans les bras de l'antechrist, Dieu doit me le pardonner [520]».