[Note 687: ][ (retour) ] Della perfetta Poesia, t. II, p. 198.
[Note 688: ][ (retour) ] Canz. 26.
[Note 689: ][ (retour) ] Canz. 28.
[Note 690: ][ (retour) ] Canz. 9.
La seconde partie du canzonière, qui contient les poésies faites après la mort de Laure, est généralement préférée à la première pour le naturel et la vérité. Sans vouloir discuter cette préférence, que beaucoup de gens ont accordée sur parole, on doit reconnaître qu'en effet, dans un grand nombre de pièces, la douleur est vraie, touchante et même profonde, sans cesser d'être poétique et ingénieuse. On le sent dès le premier sonnet, qui est tout en exclamations et en phrases interrompues [691]; mais mieux encore à la première canzone, dont voici les principaux traits. «Que dois-je faire? Amour, que me conseilles-tu [692]? N'est-il pas temps de mourir? Ah! j'ai trop tardé: ma Dame est morte; elle a emporté mon cœur. Je n'espère plus la voir ici bas, et je ne puis attendre sans ennui le moment de la rejoindre. Son départ a changé en pleurs toute ma joie et m'a enlevé toute la douceur de ma vie. Amour! tu sens combien cette perte est cruelle; elle l'est pour nous deux également.... O monde ingrat, qu'elle laisse dans le veuvage, tu devrais la pleurer avec moi. Tout ce qu'il y avait de bon et de précieux en toi tu l'as perdu avec elle. Ta gloire est tombée; et tu ne le vois pas! Tant qu'elle vécut sur la terre, tu ne fus pas digne de la connaître et d'être foulé par ses pieds sacrés, dignes du séjour céleste. Mais moi, qui sans elle ne puis aimer ni la vie ni moi-même, je l'appelle en pleurant: c'est tout ce qui me reste de tant d'espérances, et c'est tout ce qui me retient encore ici bas.--Hélas! il est devenu terre et poussière ce visage qui nous donnait l'idée du ciel et du bonheur dont on y jouit. Sa forme invisible y est montée, débarrassée du voile qui dérobait aux yeux la fleur de ses années, pour s'en revêtir encore et ne le dépouiller jamais, au jour où nous la verrons d'autant plus belle et plus divine qu'une éternelle beauté est au dessus des beantés mortelles.
[Note 691: ][ (retour) ] Oime il bel viso! oime il soave sguardo! etc.
[Note 692: ][ (retour) ] Che debb'io far? che mi consigli, amore?
«Elle se présente à mes yeux plus belle et plus charmante que jamais; elle y vient comme aux lieux où sa vue peut répandre le plus de bonheur. C'est l'un des seuls soutiens de ma vie. L'autre est son nom, qui résonne si doucement dans mon cœur; mais quand je me rappelle que toute mon espérance est morte lorsqu'elle était dans toute sa fleur, l'amour sait ce que je deviens et ce que j'espère; elle le voit aussi, elle qui est maintenant auprès de l'éternelle vérité. Vous, femmes, qui connûtes sa beauté, sa vie pure et angélique, et sa conduite céleste sur la terre, plaignez-moi et laissez-vous toucher de pitié, non pour elle, qui est allée dans le séjour de paix, mais pour moi qu'elle laisse au milieu d'une horrible guerre. Si je tarde encore à la suivre, à briser mes liens mortels, je ne suis retenu que par l'amour. Il me parle; il se fait entendre ainsi dans mon cœur.--«Mets un frein à la douleur qui t'égare. On perd par l'excès des désirs ce ciel où ton cœur aspire, où est vivante à jamais celle qui paraît morte aux yeux des hommes, celle qui sourit en elle-même de la perte de sa belle dépouille, et qui ne s'afflige que pour toi. Sa renommée vit encore en cent lieux dans tes vers; elle te prie de ne la pas laisser s'éteindre, mais de rendre son nom encore plus célèbre par tes chants, s'il est vrai que tu aies chéri le doux empire de ses yeux.»
La finale même de cette canzone, ce que les Italiens appelent la chiusa, qui est ordinairement un envoi ou une adresse si insignifiante que je n'ai point parlé de celle qui termine les autres canzoni que j'ai citées, est ici du même ton que le reste, et porte l'empreinte de l'émotion et de la douleur. «Fuis, lui dit le poëte, les couleurs gaies et riantes; ne t'approche point des lieux où sont les ris et les concerts. Tu n'es pas un chant, mais une plainte. Tu serais déplacée au milieu des troupes joyeuses, toi veuve inconsolable et vêtue de deuil.»
Ces idées d'une éternelle vie acquise par la perte d'une vie fragile et d'une âme qui jouit, dégagée de sa dépouille mortelle, reviennent souvent dans cette partie des poésies de Pétrarque. La croyance y venait en quelque sorte au secours du sentiment. Quoique l'on sente souvent dans le style et dans les pensées de la première partie l'influence des idées et du langage religieux, on la sent encore beaucoup plus dans la seconde; et il est surprenant que l'auteur du Génie du Christianisme, qui a vu souvent cette influence où elle n'était pas, ne l'ait pas aperçue et développée dans celui des poëtes modernes où elle est si générale et si visible. Cette même idée termine encore heureusement ce sonnet touchant et poétique. «Si j'entends se plaindre les oiseaux [693], ou s'agiter doucement le vert feuillage au souffle du zéphyr, ou murmurer avec bruit des eaux limpides qui baignent une rive fraîche et fleurie, où je me suis assis pour penser à l'amour et pour écrire mes pensées, je vois, j'entends, j'écoute celle que le ciel ne fit que montrer, que la terre nous cache, et qui, de si loin, comme si elle était encore vivante, répond à mes soupirs. Eh! pourquoi te consumer avant le temps? me dit-elle avec une douce pitié. Pourquoi tes tristes yeux versent-ils un fleuve de larmes? Ne pleure pas sur moi: la mort m'a procuré des jours sans fin; et quand je parus fermer les yeux, je les ouvris à l'éternelle lumière.»