[Note 693: ][ (retour) ] Se lamentar' augelti, etc. Son. 238.

Les mêmes lieux qui enchantaient notre poëte lorsque, pendant la vie de Laure, il y portait ou y trouvait partout son image, les campagnes qui environnent Avignon, le charmaient encore quand il y revint après la mort de Laure, et qu'il put s'y livrer à ses amoureux souvenirs. Quelques sonnets choisis parmi ceux qu'il fit à cette époque, quoique faiblement traduits en prose, conserveront peut-être encore l'empreinte de ces beaux lieux et de ces tristes sentiments. «Vallon qui retentis de mes gémissements [694], fleuve qui t'accroîs souvent de mes larmes, animaux des forêts, charmants oiseaux, et vous poissons que renferment ces deux verdoyants rivages, air qu'échauffent et que rendent plus sereins mes soupirs; doux sentier où je trouve aujourd'hui tant d'amertume; colline qui me plaisais, qui maintenant m'affliges, où, par habitude, l'amour me conduit encore; je reconnais bien en vous les formes accoutumées; mais hélas! je ne les reconnais plus en moi, qui, d'une si douce vie, me vois plongé dans d'inconsolables douleurs. C'est d'ici que je voyais celle que j'aime, et c'est en suivant les mêmes traces que je reviens voir le lieu d'où elle s'est élevée au ciel, laissant sur la terre sa dépouille mortelle.»

[Note 694: ][ (retour) ] V alle che de' lamenti miei se' piena, etc. Son. 260.

«Zéphir revient [695]; il ramène le beau temps, et les fleurs, et les gazons, sa douce famille, et le gazouillement de Progné, et les plaintes de Philomèle, et le printemps paré de couleurs blanches et vermeilles. Les prés sont plus riants, le ciel plus serein.... [696], l'air, et les eaux, et la terre, sont remplis d'amour; toute créature animée se livre au plaisir d'aimer. Mais rien, hélas! ne revient pour moi que de plus profonds soupirs, tirés du fond de mon cœur par celle qui en a emporté les clefs au séjour céleste. Et le chant des oiseaux, et les plaines fleuries, et la douce présence de femmes honnêtes et belles, sont pour moi comme un désert peuplé de bêtes sauvages.»

[Note 695: ][ (retour) ] Zeffiro torna e'l bel tempo rimena, etc. Son. 268.

[Note 696: ][ (retour) ] Je passe ici un vers aussi agréable que les autres; mais dont l'idée mythologique s'assortit mal avec le reste; et en refroidit le sentiment:

Giove s'allegra di mirar sua figlia.

Muratori croit y voir une imitation éloignée de Lucrèce; je le veux bien; mais Jupiter qui regarde avec joie Vénus sa fille, et Laure qui, quelques vers plus bas, emporte au ciel les clefs du cœur de son amant, ne sont point de la même croyance ni de la même langue poétique.

Mais le plus beau de ces sonnets [697] est sans contredit celui-ci; je le mets, dans cette seconde partie, au même rang que le sonnet Solo e pensoso dans la première, et même encore au-dessus. «Je m'élevai par ma pensée [698] jusqu'aux lieux où était celle que je cherche et que je ne retrouve plus sur la terre; là, parmi les habitants du troisième cercle céleste, je la revis plus belle et moins fière. Elle prit ma main, et me dit: Tu seras avec moi dans cette sphère, si mon désir ne me trompe pas. Je suis celle qui te fis une si rude guerre, et qui terminai ma journée avant le soir. Mon bonheur est au-dessus de l'intelligence humaine; je n'attends plus que toi, et ce beau voile qui m'enveloppait, que tu aimais tant, et qui est resté sur la terre. Ah! pourquoi cessa-t-elle de parler? et pourquoi ouvrit-elle sa main qui tenait la mienne? Au son de ces douces et chastes paroles, peu s'en fallut que je ne restasse dans les cieux.» C'est une vision dont l'idée est sublime, quoique simple, et qui est rendue dans l'original en vers aussi sublimes que l'idée.

[Note 697: ][ (retour) ] J'en aurais pu citer beaucoup d'autres, principalement ceux-ci:

Alma felice, che sovente torni, etc. Son. 241.
Anima bella, da quel nodo sciolta, etc. Son. 264.
Ite, rime dolenti, al duro sasso. Son. 287.
Tornami a mente, anzi v'è d'entro quella, etc. Son. 290.
Quel rossignuol che si soave piagne, etc. Son. 270.
Vago augeletto, che cantando vai. Son. 317.
Dolce mio caro a pretioso pegno. Son. 296.
Gli angeli eletti e l'anime beate, etc. Son. 302.

[Note 698: ][ (retour) ] Levomini il mio pensiero, etc. Son. 261.

Voici un songe où les critiques trouvent moins de grandeur et de poésie dans le style, mais qui a encore plus d'intérêt, parce qu'il est plus étendu, qu'il renferme, dans une canzone tout entière, une plus grande abondance de sentiments, et qu'ils y sont exprimés, sous la forme du dialogue, avec un abandon qui se rapproche davantage de la nature. «Quand celle en qui je trouve mon doux et fidèle appui [699] vint, pour donner quelque repos à ma vie fatiguée, s'asseoir sur l'un des bords de ma couche avec son parler doux et sage, à demi-mort de crainte et de pitié, je lui dis: D'où viens-tu maintenant, âme heureuse? Elle tire alors de son sein une palme et une branche de laurier, et me dit: Je viens du séjour serein de l'Empyrée; je descends de ces régions saintes, et c'est pour te consoler que je les quitte.--Je la remercie humblement par mes gestes et par mes paroles, et puis je lui demande: D'où sais-tu donc l'état où je suis? Elle me répond: Les ruisseaux de larmes dont tu ne te rassasies jamais, passent avec tes soupirs jusqu'au ciel à travers tant d'espace, et ils y troublent ma paix. Il te déplaît donc que je sois partie de ce lieu de misère, et parvenue à une meilleure vie? Ce départ devrait te plaire, si tu ne m'avais autant aimée que tu le montrais dans tes actions et dans tes discours. Je réponds alors: Je ne pleure que sur moi-même, qui suis resté parmi les ténèbres et les douleurs.»