M. Baldelli, dans l'article 5 de ses Illustrazioni, cite encore plusieurs manuscrits très-précieux des Bibliothèques de Venise, de Rome et de Florence, qu'il a consultés avec fruit pour son ouvrage. Ce savant estimable projetait une édition complète des œuvres latines de Pétrarque, dont ses épîtres forment la plus importante partie; et l'on voit, par cet article même, qu'il s'était parfaitement préparé à cette entreprise. Il est bien à désirer, pour l'intérêt des lettres, qu'il n'y ait pas renoncé.
[Page 476.]--Un fragment du poëme de l'Afrique a fait tomber un érudit français, dans une erreur bien extraordinaire. Lefebvre de Villebrune donna, en 1781, une édition du poëme de Silius Italicus. Il prétendit restituer à ce poëte, un fragment qu'il accusa Pétrarque de lui avoir dérobé; et il l'inséra effrontément dans son édition, sans savoir ou sans se rappeler que le poëme de Silius n'était pas retrouvé au temps de Pétrarque, et ne le fut que dans le siècle suivant, par le Pogge; sans s'appercevoir, à plusieurs expressions très-remarquables, que la latinité de ce fragment ne s'accorde pas avec le latin très-pur de Silius; que, par exemple, ces phrases: Vicinia mortis, fortunœ terminus altœ, homo natus sortis iniquœ, transire labores, et plusieurs autres, sont du latin du XIVe siècle; qu'un substantif avec deux épithètes, comme aurea alla palatia, est tout-à-fait italien, etc.; sans prendre garde enfin que ce fragment, qui contient un discours de Magon mourant, va très-bien dans l'endroit de l'Africa, de Pétrarque, où il est placé, à la fin du septième livre, mais qu'il est au contraire fort déplacé vers le commencement du dix-septième siècle des Punicôrum de Silius; que Magon y parle de la blessure dont il meurt, et qu'on ne l'a point vu blessé auparavant; que, dans la suite du poëme, non-seulement il n'est plus question de sa mort; mais que, dans plusieurs passages, il est encore censé vivant; qu'entre autres, Annibal parle deux fois, dans le dernier livre de Silius, de la mort d'un seul de ses frères, Asdrubal (v. 260 et 460), et qu'il ne dit rien de son autre frère Magon, ce qu'il n'eût pas manqué de faire, s'il l'eût en effet perdu. Tant de bévues dans un prétendu savant, qui osait accuser Pétrarque de plagiat, et parler de lui avec mépris, qui n'en témoignait pas moins pour des savants, tels que Ileinsius, Drakemborek, et tous ceux qui avaient travaillé avant lui sur Silius Italicus, l'ont couvert, et en Italie, et en Allemagne, d'un ridicule ineffaçable, et ont compromis l'érudition française aux yeux des savants étrangers. Voyez sur cette bévue de Villebrune, sur ce qui en fut cause, et sur ce qui aurait dû l'en garantir, l'article IV des Illustrazioni, à la fin de l'ouvrage de M. Baldelli, page 199.
[Page 525, ligne 25.]--«Il ne manque à votre bonheur que de vous contempler vous-mêmes, etc.» Nous avons vu plusieurs exemples de passages de Cino da Pistoia, imités par Pétrarque; celui-ci est un de ceux où l'imitation est la plus évidente. Cino termine ainsi sa canzone sur les yeux de Selvaggia:
Poichè veder voi stessi non potete,
Vedete in altri almen quel che voi sete.
(Rime di div. ant. Aut. Tosc., 1740, p. 139.)
Et Pétrarque dit ici aux yeux de Laure:
Luci beate e liete
Se non che'l veder voi stesse v'è tolto:
Ma quante volte a me vi rivolgete
Conoscete in altrui quel che voi sete.
FIN DU SECOND VOLUME.
MOREAU, IMPRIMEUR, RUE COQUILLIÈRE, N°. 27.