[Note 721: ][ (retour) ] M. l'abbé Ciampi a passé ce vers, qui est pourtant essentiel au sens.

«Hélas! toi qui renfermais des perfections et des biens au-dessus de la nature, un revers de fortune t'a conduite au haut de ces âpres montagnes, où la mort t'a renfermée sous la pierre; elle y a changé mes tristes yeux en deux sources de larmes.» Il est certain que cela convient parfaitement à Selvaggia, et n'a aucun rapport avec Béatrix. En attribuant au Dante, cette canzone, selon l'opinion commune, comme je l'ai fait, t. I, p. 462, avant de connaître l'ouvrage de M. Ciampi, ou plutôt avant qu'il fût fait, j'ai observé que cette figure de style, ce retour de l'interjection oimè! répétée plusieurs fois dans la même strophe, et dans toutes les strophes de la canzone, avait été imitée par Pétrarque, dans le sonnet Oimè il bel viso, oimè il soave sguardo, etc. J'ajouterai qu'il est plus naturel que Pétrarque ait emprunté cela de plus à Cino, qu'il aimait et qu'il imitait souvent, que du Dante, qu'il connaissait moins et qu'il enviait peut-être, comme on le voit dans sa Vie; mais je remarque encore avec quelque surprise, que M. Ciampi n'a point observé cette ressemblance, ou plutôt cette évidente imitation.

[Page 397, sur l'épître à la Postérité.]--M. Baldelli ne veut pas que l'épître à la Postérité ait été écrite alors (1352); il veut que ce soit beaucoup plus tard, en 1372, après que Pétrarque eût fait une autre invective en réponse à un Français qui l'avait attaqué. Sa raison paraît très-bonne, et je m'y étais d'abord rendu. Pétrarque trace, dans cette épître, le tableau de sa vie. Après avoir dit, qu'à l'âge de neuf ans il fut amené en France, à Avignon, il ajoute que le Pontife romain y tient l'église du Christ en exil, et l'a tenue long-temps, quoiqu'il eût paru, il y avait peu d'années, la remettre à sa place; mais cela s'était réduit à rien, du vivant même d'Urbain, comme s'il s'était repenti de cette bonne action. Si ce pape eût vécu quelque temps de plus, Pétrarque lui eût fait voir ce qu'il pensait de ce retour; déjà il tenait la plume pour lui écrire; mais ce malheureux Pontife avait abandonné trop tôt et son noble dessein et la vie, etc. Or, Urbain V ne fut élu pape, qu'en 1362; il rétablit le siége pontifical à Rome, en 1367, retourna, en 1370, à Avignon, et mourut presque en y arrivant. Pétrarque ne peut donc avoir écrit ce passage en 1352; la date de 1372, époque de sa réponse aux attaques d'un Français, y convient donc beaucoup mieux. Ce raisonnement me paraissait sans réplique; voici ce qui m'a fait changer d'avis. En finissant cette épître, destinée à retracer aux yeux de la Postérité, la carrière qu'il avait parcourue, Pétrarque s'arrête au moment où, ayant perdu le bon seigneur de Padoue, Jacques de Carrare, il était retourné en France. «Quoique son fils, dit-il, prince très-sage et qui m'est très-cher, lui ait succédé, et qu'à l'exemple de son père, il m'aye toujours chéri et honoré, cependant, ayant perdu celui avec qui j'avais plus de rapports, surtout à l'égard de l'âge, je suis revenu en France (à Avignon), ne pouvant me fixer; et non pas tant par le désir de revoir ce que j'avais vu mille fois, que par le besoin de remédier à mon ennui, comme le font les malades, par le changement de lieu.» Ego tamen illo amisso cum quo magis mihi, prœsertim de œtate, convenerat, redii rursus in Gallias, stare nescius; non tam desiderio visa millies revisendi, quam studio, more œgrorum, loci mutatione tœdiis consulendi. Ce sont les derniers mots de l'épître. Il est évident que cela ne peut avoir été écrit que peu de temps après la mort de Jacques de Carrare, et lorsque Pétrarque était de retour dans Avignon. Il n'eût pas terminé ainsi le compte qu'il rendait à la Postérité, des événements de sa vie, lorsque déjà depuis vingt ans, il avait quitté pour toujours Avignon et la France; lorsque, après avoir fait de longs séjours à Milan, à Venise, après avoir éprouvé toutes les vicissitudes dont cette période de sa vie fut agitée, aussi intimement lié avec François de Carrare, qu'il l'avait été jadis avec son père, devenu languissant, affaibli par l'âge et par l'étude, il s'était enfin réfugié, comme en un port, dans sa douce retraite d'Arqua, où il mourut deux ans après. Cette impossibilité n'est pas pour moi moins absolue ni moins démontrée que la première. Ce qui me paraît donc vraisemblable, c'est que tout ce qui a trait à Urbain V, dans le premier passage, ait été interpolé ou ajouté après coup, par Pétrarque lui-même. Sans doute il conservait une copie de cette épître, qui contenait la réfutation des calomnies répandues autrefois contre lui; elle lui revint sous les yeux, peu de temps après le retour en France et la mort d'Urbain V. Préoccupé comme il l'était, de cet événement qui renversait toutes ses espérances, il écrivit, ou en marge, ou en interligne, ce qui regarde ce Pontife; et c'est sur cette copie qu'auront été faites, après sa mort, celles qui ont servi, plus de cent ans après, pour l'édition de ses œuvres. Cela est beaucoup plus naturel que de penser que, dans la position où il était, en 1372, il eût pu terminer aussi imparfaitement une pièce à laquelle il devait attacher tant d'importance. D'ailleurs, dans la première de ces deux époques, il était calomnié vivement par les médecins du pape, et tourmenté par ces calomnies, dans une cour où il était souvent obligé de paraître; dans la seconde, on lui apportait, en Italie, une invective écrite contre lui, en France. C'était déjà beaucoup que de répondre par une autre invective, à une libelliste anonyme; il n'y avait rien là d'assez fort ni d'assez inquiétant pour engager Pétrarque à réclamer devant le tribunal de la Postérité, contre les injures lointaines d'un auteur inconnu. J'ai donc rétabli, tel qu'il était d'abord, ce passage que j'avais effacé. Je prie ceux qui penseraient autrement que moi, de suspendre leur jugement, jusqu'à ce qu'ils soient parvenus, dans cette Vie de Pétrarque, à la date de 1372, et de relire alors la fin de l'épître à la Postérité, telle que je l'ai fidèlement citée, et telle qu'on la trouve en tête des Œuvres latines de Pétrarque, dans les deux éditions de Bâle.

[Page 407, ligne 14.]--«C'est à lui (à Galéas Visconti) que Pétrarque s'était principalement attaché.» Galéas avait fixé son séjour à Pavie. Pétrarque y passa plusieurs années auprès de lui. Ce prince s'y occupa constamment de l'encouragement des lettres, et y fonda une université qui ne tarda pas à devenir célèbre. Il paraît hors de doute, quoique les historiens n'en parlent pas, que Pétrarque eut, par ses conseils, une grande part à cette fondation, et à tout ce que Galéas fit en faveur des lettres.

[Page 458, ligne 29.]--«D'autres biens plus grands encore.» Entre les détails précieux que l'on peut recueillir de ce dialogue, il s'en trouve un qui prouve, que si Laure fut toujours sage, Pétrarque n'oublia rien pour qu'elle cessât de l'être, et qu'il y eut, entre eux, plus de rapprochements et plus d'intimité qu'on ne le voit dans les poésies de Pétrarque ni dans aucun de ses autres ouvrages. Saint-Augustin lui demande pourquoi cette femme qu'il vante tant, pourquoi cet excellent guide, le voyant hésiter et chanceler dans la route, ne l'a pas dirigé vers les choses célestes, ne l'a pas conduit par la main comme on conduit les aveugles, et ne lui a pas indiqué par où il fallait monter? «Elle l'a fait autant qu'elle a pu, répond Pétrarque. Et qu'a-t-elle fait autre chose, lorsque, sans se laisser toucher par mes prières, ni vaincre par les discours les plus flatteurs, elle est restée fidèle à l'honneur de son sexe; lorsque, résistant en même temps à son âge et au mien, à mille choses qui auraient fléchi toute autre qu'elle, elle est restée ferme et inébranlable? L'esprit d'une femme m'enseignait ce qui était du devoir d'un homme. Pour m'engager à suivre les lois de la pudeur, sa conduite était, à la fois, un exemple et un reproche. Enfin, quand elle m'a vu briser mes rênes et courir au précipice, elle a mieux aimé m'abandonner que de m'y suivre.» Cette conduite est admirable; mais pour la tenir, pour résister à de si dangereux assauts, il faut y être exposée, il faut voir un homme assez en particulier et avec assez de suite pour qu'il puisse les livrer.

[Page 441, addition à la note 611.]--Il existe à Florence, dans la bibliothèque Marcienne, ou des Dominicains de Saint-Marc, maintenant réunie à la bibliothèque Laurentienne, un très-ancien manuscrit des épîtres de Pétrarque, qui, s'il n'est pas de sa main, est au moins du même siècle que lui. La même note qui est sur le Virgile, est transcrite sur ce manuscrit, d'une écriture un peu moins ancienne; et avec cette observation: «Ce qui suit se trouve écrit et à ce qu'on dit, de la propre main de François Pétrarque, sur un Virgile qui lui appartenait, et qui est maintenant à Pavie, dans la bibliothèque du duc de Milan.» Pietro Candida Decembria, écrivain du quinzième siècle, dans une lettre écrite, en 1468, qui est en manuscrit dans la bibliothèque Ambroisienne, dit que le Virgile même, avec les Commentaires de Servius, fut écrit par Pétrarque, dans sa jeunesse; que l'ayant revu dans sa vieillesse, il y ajouta plusieurs notes, et réfuta, en plus d'un endroit, les remarques de Servius. Bernard Ilicinio, contemporain de Decembrio, et auteur d'une Vie de Pétrarque, cite, comme originale, la note dont il s'agit. Ce Virgile est enrichi d'une miniature représentant le sujet de l'Enéide, que les connaisseurs s'accordent à regarder comme un ouvrage de Simon de Sienne. Il se peut que Pétrarque, ayant retrouvé, en 1338, ce manuscrit qu'il avait perdu, ait prié Simon, qui fut appelé à Avignon l'année suivante, et qui devint son ami, d'y ajouter cet ornement pour en augmenter le prix. Le manuscrit resta dans le même état pendant près de deux siècles, dans la bibliothèque de Milan. En 1795, une partie de la feuille sur laquelle cette note est écrite, s'étant détachée de la couverture, et même un peu déchirée, les bibliothécaires aperçurent des caractères qu'on n'y avait pas soupçonnés jusqu'alors. La curiosité les engagea à décoller entièrement la feuille; ils y mirent le plus grand soin; mais le parchemin était si fortement collé, que les caractères laissant leur empreinte sur le bois de la couverture, restèrent presqu'entièrement effacés; en sorte que l'on put à peine y lire une autre notice, qui est aussi écrite de la main de Pétrarque. Il y a d'abord consigné l'époque de la perte qu'il avait faite et de la restitution du manuscrit; il lui avait été volé aux kalendes de novembre 1326, et il lui fut rendu à Avignon, le 17 avril 1338. Il met ensuite, par ordre, les pertes qu'il avait faites de plusieurs de ses amis, avec la date de la nouvelle qu'il en avait reçue, et avec des expressions de regret et de douleur, et des plaintes sur la solitude où il se trouve de plus en plus dans le monde. Tous ces détails prouvent une âme aussi profondément sensible que son esprit était étendu et élevé.

[Page 469, ligne 11.]--«Il en avait brûlé des paquets, des coffres entiers (de ses lettres et de ses papiers).» En 1134, avant de partir de Parme, pour faire un voyage en Lombardie, Pétrarque fit une revue dans ses papiers. Plusieurs coffres en étaient confusément remplis. Son premier mouvement fut de les jeter tous au feu; mais il lui prit envie de les relire, et il y passa plusieurs jours. Il y avait des écrits en prose et en vers, les uns latins, les autres rimés en langue vulgaire. Il voulut d'abord les corriger; mais se rappelant ensuite de grands ouvrages qu'il avait entrepris, et qui lui paraissaient mieux mériter qu'il y consacrât tout son temps, il reprit sa première idée, et se mit à livrer aux flammes tout ce qui lui venait sous la main. Plus de mille épîtres ou poëmes de toute espèce y périrent. Des paquets existaient encore. Il s'aperçut heureusement, quoique un peu tard, qu'il brûlait un bien qui appartenait à ses amis: il se souvint que son cher Socrate lui avait demandé sa prose, Barbate de Sulmone ses vers. Il commença alors un triage de ce qui lui restait, et c'est ce qui nous a procuré les huit livres de ses Choses familières, dédiés à Socrate, et les trois livres de ses vers latins, adressés à Barbate de Sulmone.

[Page 469, ligne 22.]--«Ces lettres sont très-importantes, etc.» Pétrarque destinant lui-même à la postérité, le choix qu'il avait fait de ses lettres, les avait distribuées en quatre classes. La première, divisée en vingt-quatre livres, est intitulé Familiarum rerum, et comprend tous les événements de sa vie, depuis son premier voyage à Paris, en 1331, jusqu'à son départ de Milan, en 1361. Il intitula la seconde classe, Semtium. Elle contient dix-sept livres, et renferme les épîtres qu'il écrivit depuis 1361 jusqu'à sa mort; la troisième classe est celle des épîtres en vers; elle est partagée en trois livres; la quatrième enfin, contient les lettres écrites contre le clergé et contre la cour Romaine. Il supprima les noms de ceux à qui elles étaient adressées, et les intitula: Epistolœ sine nomine ou sine titulo. Les lettres de Pétrarque ont été imprimées deux fois dans le XVe. siècle, conjointement avec toutes ses œuvres latines, et deux fois séparément, mais toujours incomplètes. Les derniers éditeurs de Bâle, eux-mêmes, au XVIe. siècle, en donnant les seize livres des Senilium qui n'étaient pas dans les premières éditions, et les trois livres d'épîtres en vers, n'ont imprimé que huit livres des Familiarium rerum. Il parut, en 1601, à Genève, une édition in-8°. des seules lettres en prose, divisées en dix-sept livres, mais où les Senilium ne sont pas. L'éditeur assure qu'il s'y trouve soixante-cinq lettres de plus que dans toutes les éditions précédentes; mais il en reste encore beaucoup d'inédites [722].

[Note 722: ][ (retour) ] La première édition des Œuvres latines de Pétrarque est de 1495, Bâle, in-fol., répétée aussi à Bâle, 1496, in-4°. gr.; la seconde est de 1496, Venise, in-fol. Il y eut quatre autres à Venise, deux en 1501, et les deux autres en 1503 et 1516. C'est d'après ces anciennes éditions qu'ont été faites les deux de Bâle, 1554 et 1481, in-fol. La première édition des Lettres, sans les autres œuvres, remonte jusqu'en 1484, sans nom de lieu.

Les vingt-quatre livres complets des Familiarium, sont dans le beau manuscrit de la Bibliothèque impériale, n°. 8568, sur vélin, copié l'an 1388, selon M. Baldelli, qui cite le catalogue imprimé de la Bibliothèque du Roi. (Voyez Del Petrarca e delle sue opere, page 213). C'est, dans ce Catalogue, une erreur dont je crois que voici la cause. On lit, à la fin de la dernière lettre du manuscrit, ces mots écrits d'une très-jolie écriture: Jo. legit completè 1388, 23 februarii hora 4e. Ce Jo. (Johannes) fut sans doute l'un des premiers possesseurs du manuscrit qui l'avait lu et complètement collationné, le 23 février 1388. Il l'avait lu à loisir, car tout le volume est rempli de notes marginales, écrites de la même main. Cette copie avait donc été faite avant l'année dont cette date ne porte que le second mois. Peut-être même l'avait-elle été du vivant, et sous les yeux de Pétrarque, qui n'était mort que trente-cinq ans auparavant. La Bibliothèque impériale possède un autre manuscrit des lettres, entièrement conforme au premier, quant à ce qu'il contient, mais sur papier, et copié dans le XVe siècle, n°. 8569. Il est du fonds de Colbert.