[Note 348: ][ (retour) ] C. XXVII.

[Note 349: ][ (retour) ] Trait lancé contra les papes Jean XXII qui était de Cahors, et Clément V qui était Gascon.

Dès que l'apôtre a cessé de parler, toutes ces lumières triomphantes qui s'étaient arrêtées à l'entendre, s'agitent dans l'air enflammé, remontent avec lui vers l'empyrée, et disparaissent aux yeux du poëte qui les regarde avec ravissement. Il s'y trouve bientôt transporté lui-même, comme il l'a été jusqu'alors, par la force surnaturelle des regards de Béatrix. En s'élevant encore avec lui, elle s'enrichit de beautés nouvelles et d'une nouvelle lumière; et l'œil de son ami, devenu plus fort à mesure qu'il pénètre plus avant dans les cieux, ne peut plus se détacher d'elle. Cette idée allégorique qui représente, si l'on veut, la force de l'amour divin, est rendue avec des expressions évidemment dictées par le souvenir d'un autre amour [350]. Béatrix lui explique la nature de l'empyrée, de ce neuvième ciel qui renferme tous les autres, et leur imprime le mouvement. Il le reçoit d'un cercle de lumière et d'amour qui l'environne de toutes parts, et qui n'est autre chose que l'âme divine elle-même, dans laquelle et par laquelle tout se meut dans le système général des sphères.

[Note 350: ][ (retour) ]

E se natura o arte fe' pasture
Du pigliare occhi per aver la mente,
In carne umana, o nelle sue pinture,
Tutte adunate parrebber niente
Ver lo piacer divin che mi rifulse,
Quando mi vulsi al suo viso ridente.

Dante n'a pas voulu que Béatrix finît de parler sans revenir au sujet qui l'occupait et l'intéressait le plus lui-même, aux désordres dont il était victime, et à l'espérance d'un meilleur temps, «Ô cupidité, s'écrie-t-elle tout-à-coup, tu tiens sous ton joug tous les hommes; tu les empêches de lever les yeux sur de si grands objets; tu fais qu'ils s'en tiennent toujours à une volonté stérile et qui ne porte jamais de fruit; la bonne foi et l'innocence ne sont plus le partage que des enfants: à peine cessent-ils de balbutier que ces vertus se changent en vices. Tous ces désordres viennent de ce qu'il n'y a personne qui gouverne sur la terre. Mais la fin du siècle ne s'écoulera pas que la fortune, changeant le cours des vents, ne fasse voguer heureusement le vaisseau public, et les fruits viendront après les fleurs.»

De retour dans l'empyrée, d'où cette digression l'a écarté, Dante, après avoir donné à ses yeux une nouvelle force, en regardant ceux de Béatrix [351], les porte sur un point de lumière si rayonnant, que l'œil qui s'y fixe est obligé de se fermer. Autour de ce point, et à peu de distance, un cercle de feu tourne avec plus de vitesse que le mouvement le plus rapide des cieux. Ce cercle est environné d'un second, celui-ci d'un troisième, et ainsi jusqu'au neuvième cercle, augmentant toujours d'étendue, et diminuant de rapidité et d'éclat à mesure qu'ils s'éloignent de ce point unique d'où ils reçoivent le mouvement et la lumière. Ce sont les neuf chœurs des Anges, qui brûlent éternellement du feu d'amour, et dont l'ardeur est plus grande selon qu'ils tournent de plus près autour de ce point enflammé. Les Séraphins et les Chérubins sont les premiers, ensuite les Trônes qui complètent le premier ternaire: le second est composé des Dominations, des Vertus et des Puissances; les Principautés et les Archanges forment les deux cercles suivants, et le troisième de ce dernier ternaire est rempli par les Anges.

[Note 351: ][ (retour) ] C. XXVIII.

Ce grand tableau, sur lequel Béatrix fixe long-temps les yeux [352], comme le Dante ne l'avait pu faire, amène des explications sur l'essence divine et sur la nature des Anges. Ces explications qui ne sont pas les mêmes dans toutes les écoles de théologie, amènent à leur tour des réflexions contre la vanité de la science, contre les savants et contre les philosophes; mais Béatrix les maltraite encore moins que les prédicateurs. Elle reproche à ceux-ci de débiter en chaire des fables et des contes absurdes pour tromper le peuple. «Ils ne cherchent, dit-elle, en prêchant, que des bons mots et des bouffonneries; et pourvu qu'ils fassent bien rire, ils se gonflent dans leur froc et n'en demandent pas davantage. Mais ce froc renferme quelquefois un tel oiseau, que si le peuple pouvait le voir, il ne viendrait pas à lui pour recevoir les pardons sur lesquels il se fie [353]; on en est devenu si fou sur la terre, que sans témoin et sans preuve, on court à tous ceux qui sont promis. C'est de cela que s'engraisse le porc de S. Antoine, et tant d'autres qui sont pis que des porcs, et qui nous vendent de la fausse monnaie pour de la bonne.» On voit que l'esprit satyrique du Dante ne l'abandonne jamais, et que le bon goût l'abandonne souvent. Ces traits contre les prédicateurs bouffons et contre les moines étaient vrais, surtout contre ceux de son temps; mais lorsqu'on plane dans l'Empyrée, au milieu des neufs chœurs des anges, il est dégoûtant de se sentir rappelé à de si vils objets, et d'être forcé d'abaisser ses regards des Trônes et des Dominations jusque sur le cochon de S. Antoine.

[Note 352: ][ (retour) ] C. XXIX.

[Note 353: ][ (retour) ]

Ma tale uccel nel bechetto s'annida
Che se'l volgo il vedesse, non torrebbe
La perdonanza di che si confida.