[Note 544: ][ (retour) ] 1352.
[Note 545: ][ (retour) ] Il se nommait Guillaume; c'était un fils naturel de son cousin Jacques Ier.
[Note 546: ][ (retour) ] Voy. ci-dessus, p. 303.
En rompant tout commerce avec les femmes, Pétrarque n'avait pas fait vœu de se priver du souvenir de Laure. Il la pleurait, et consacrait ses regrets dans des poésies où l'on trouve souvent l'accent d'une douleur vraie, quoique toujours ingénieuse, et où la voix de l'imagination se fait toujours entendre avec celle du cœur. Le 6 avril de cette année, se rappelant que ce jour revenait pour la troisième fois depuis la mort de Laure, il fixa dans un vers plein de sentiment, ce funeste anniversaire. «Ah! dit-il, qu'il était beau de mourir il y a aujourd'hui trois ans [547].» Mais ce jour-là même, il reconnut qu'il était heureux de vivre encore, et qu'il lui restait à goûter quelques plaisirs. Il reçut un message de Florence, qui le rétablissait dans ses biens et dans ses droits de citoyen.
O che bel morir era oggi è'l terzo anno!
C'est le dernier vers du sonnet:Nell'età sua più bella e più fiorita, etc.
Pour ajouter la grâce à la justice, on avait chargé l'amitié de ce message. C'était Boccace qu'on avait député vers Pétrarque, et qui venait reconquérir un citoyen et féliciter un ami. Le sénat désirait de plus, qu'il voulût être directeur de l'Université qu'on venait de fonder à Florence. Le désir de réparer par tous les moyens reproductifs, les ravages affreux de la peste, avait fait imaginer cette fondation. Celui de l'illustrer dès sa naissance, avait fixé les esprits sur Pétrarque, et c'est ce qui avait fait prononcer son rappel. Son message et son objet le remplirent de joie: maïs il ne voulut point accepter l'honneur qu'on lui offrait, et au lieu de s'aller engager dans des soins si peu compatibles avec ses habitudes et ses goûts, il tourna toutes ses pensées vers sa douce et libre retraite de Vaucluse, où ses livres, écrivait-il, l'attendaient depuis quatre ans. Il y arriva vers la fin de juin. C'était le temps où les beautés de la nature l'invitaient le plus à s'y fixer; mais le devoir l'appelait à la cour pontificale, et, après un mois de repos, il quitta pour le tumulte et les scandales d'Avignon, l'innocente paix de Vaucluse.
Le goût de Clément VI, pour le luxe et les plaisirs, semblait aller en augmentant. La vicomtesse de Turenne, sa maîtresse, donnait le ton aux femmes pour la parure et pour la conduite. Le pape recevait des rois à sa cour, et leur donnait des fêtes; il faisait des cardinaux de dix-huit ans; il en faisait, dit l'historien Mathieu Villani, de si jeunes et d'une vie si dissolue, qu'il en résulta des choses d'une grande abomination [548]. Parmi tout ce désordre, on traitait, comme dans toutes les cours, de grandes affaires. Celles de Rome n'en allaient pas mieux depuis la chute de Rienzi. Rome ne pouvait plus être ni libre ni soumise. L'anarchie et les désordres qu'elle entraîne, étaient au comble dans les murs et hors des murs. Les assassinats et les brigandages étaient impunis: les nobles les favorisaient et retiraient, comme ceux de Toscane, les assassins et les brigands dans leurs châteaux. Le pape voulant mettre fin à ces désordres, nomma une commission de quatre cardinaux pour en chercher les moyens. Pétrarque fut consulté. Rendre au peuple romain ses anciens droits, humilier l'orgueil des nobles, exclure du sénatoriat et des autres charges, les étrangers; enfin établir la république sur les lois de la justice et de l'égalité, tels furent les conseils qu'il développa dans une des plus belles lettres qui se soient conservées de lui [549]; on ignore s'ils convinrent beaucoup aux cardinaux et au pape; mais le peuple de Rome ne laissa pas le temps de les suivre. Il se réveilla encore une fois, choisit un nouveau chef nommé Jean Cerroni; et comme les droits du pape furent assez bien conservés dans cette révolution qui ne coûta pas une goutte de sang; comme elle terminait à la fois les troubles de Rome, et les incertitudes de Clément VI, qui d'ailleurs était malade, il y donna son approbation, et il n'est pas douteux que Pétrarque y donna aussi la sienne.
[Note 548: ][ (retour) ] Math. Villani, l. II, c. 43.
[Note 549: ][ (retour) ] Elle n'est point imprimée dans la grande édition de ses œuvres; mais elle se trouve dans le manuscrit de la Bibliothèque impériale, n°. 8568. L'abbé de Sade l'a traduite dans ses Mémoires, t. III, p. 157 et suiv.; elle est datée du 19 novembre.
Cette maladie du pape, fut pour notre poëte, la source de quelques démêlés qu'il eut avec la faculté de médecine, avec qui l'on prétend qu'il ne faut jamais être ni trop bien ni trop mal. Clément VI avait le malheur, je ne dirai pas de croire à la médecine; mais de consulter à la fois un grand nombre de médecins; Pétrarque, à qui tout fournissait des sujets de discussion et d'éloquence, lui écrivit sur cet objet, après en avoir reçu la permission du S. Père. Il n'épargna pas les ridicules que se donnaient les médecins de son temps; le S. Père n'eut pas la discrétion de le leur cacher. Ils se déchaînèrent avec fureur contre Pétrarque. Une controverse pleine d'aigreur et d'injures en fut la suite, et la plume de l'amant de Laure s'abaissa jusqu'au ton de ses adversaires. Plusieurs de ses pièces se sont heureusement perdues. Il en reste une beaucoup trop longue, qu'on est réduit à regretter qui n'ait pas eu le sort des autres. Elle porte le titre d'Invectives qu'elle ne justifie que trop [550].