[Note 661: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. supr., p. 240.
À Naples, où ces deux poëtes firent souvent des preuves publiques de leur talent extraordinaire, les applaudissements et les distinctions dont ils jouirent ne purent que donner un nouveau degré d'activité à l'ardeur avec laquelle on y cultivait la poésie latine. Une gloire que les littérateurs italiens accordent à cette ville, c'est d'avoir produit la première des vers latins aussi semblables, pour l'élégance et la grâce, à ceux du siècle d'Auguste, qu'il était possible à des modernes de le faire, et qu'il nous est possible d'en juger. Ce fut le grand Pontano qui eut l'honneur d'en offrir le premier exemple, d'enseigner aux élèves qu'il eut dans l'art des vers et à ceux qui devaient les suivre, à se débarrasser entièrement de la rouille des temps barbares, et à redonner à la poésie latine l'éclat pur et brillant du style antique. Mais il faut avouer qu'il fut immédiatement précédé par un autre poëte, qui lui ouvrit et lui aplanit la route. C'est Antoine Beccadelli ou Beccatelli, surnommé Panormita, à cause de Palerme sa patrie, en latin Panormus. Il y était né en 1394 [662]. À l'âge de vingt-six ans, il fut envoyé à l'Université de Bologne, pour étudier les lois. Ses études finies, il s'attacha au duc de Milan, Philippe-Marie Visconti. Il fut ensuite professeur de belles-lettres à Pavie, mais sans quitter la cour de Milan, où il jouissait d'un revenu de 800 écus d'or. L'empereur Sigismond, qui visita en 1432 quelques villes de Lombardie, lui accorda la couronne poétique, et l'on croit que ce fut à Parme qu'il l'alla recevoir. Il se rendit ensuite à la cour de Naples, auprès du roi Alphonse. Il y passa le reste de sa vie, et suivit constamment ce roi dans ses expéditions et dans ses voyages. Alphonse le combla de bienfaits, lui fit don d'une belle maison de campagne, l'inscrivit parmi la noblesse napolitaine, lui confia des emplois importants, et l'envoya en ambassade à Gênes, à Venise, à l'empereur Frédéric III, et à quelques autres princes. Après la mort d'Alphonse, le Panormita ne fut pas moins cher au roi Ferdinand, et lui fut attaché de même en qualité de secrétaire et de conseiller. Il mourut à Naples, à soixante-dix-sept ans, en 1471.
[Note 662: ][ (retour) ] Tiraboschi, t. VI, part. II, p. 81.
Son histoire intitulée Des Dits et Faits du roi Alphonse [663], fut récompensée par un don de mille écus d'or. On a de lui cinq livres de Lettres, des Harangues, un poëme sur Rhodes, des Tragédies, des Élégies et d'autres Poésies latines sur divers sujets [664]. Celles qui ont fait le plus de bruit ont été long-temps inédites; c'est un recueil, divisé en deux livres, de petits poëmes épigrammatiques, non-seulement libres, mais excessivement obscènes, auquel il donna le titre d'Hermaphroditus, l'Hermaphrodite, pour indiquer apparemment qu'il n'oublie rien, dans les deux sexes, de ce qui peut les scandaliser tous deux. Il le dédia cependant à Cosme de Médicis. Les dignités et les occupations graves de l'auteur de cette dédicace, l'âge et le caractère de celui qui la reçut, rendent également inexplicable l'excessive liberté de choses et de mots qui règne dans l'ouvrage, écrit, au reste, avec une extrême pureté de style, et vraiment latin par l'élégance comme par le cynisme d'expression [665]. Les copies qui s'en répandirent, excitèrent contre l'auteur un violent orage. Filelfo et Laurent Valla l'attaquèrent par des écrits: des moines prêchèrent contre lui publiquement, brûlèrent son livre, et le brûlèrent lui-même en effigie à Ferrare et à Milan.
[Note 663: ][ (retour) ] De Dictis et Factis Alphonsi regis, lib. IV.
[Note 664: ][ (retour) ] Epistolarum libri V, Orationes II, Carmina prœterea quœdam, etc. Venise, 1555, in-4.
[Note 665: ][ (retour) ] Le latin dans ses mots brave l'honnêteté. (Boil.)
Valla, dans une de ses Invectives, poussa la charité chrétienne jusqu'à désirer que le poëte fût brûlé en personne comme ses vers [666]. Poggio lui-même, qui n'est pas, dans ses Facéties, un modèle de chasteté, trouva que son ami était allé trop loin, et le lui reprocha dans ses lettres. Panormita se défendit par l'exemple des anciens qui ne peuvent cependant, sur ce point, faire autorité pour les modernes. Guarino de Vérone fit mieux: dans une lettre qui est à la tête du manuscrit conservé dans la bibliothèque Laurentienne, il défendit l'auteur, en alléguant l'exemple de S. Jérôme. L'Hermaphrodite, qu'on n'a pas osé publier pendant long-temps, par respect pour les mœurs publiques, a été imprimé à Paris depuis une vingtaine d'années [667]. L'éditeur a jugé sans doute que nos mœurs étaient de force à n'en avoir plus rien à craindre; et ce livre est maintenant dans toutes les bibliothèques.
[Note 666: ][ (retour) ] Tertiò per se ipsum cremandus ut spero. Laurent Valla, in Facium Invectiva IIa.
[Note 667: ][ (retour) ] En 1791, chez Molini, rue Mignon; ce qui est indiqué par cette adresse singulière: Prostat ad Pistrinum in vico suavi. C'est la première partie du recueil intitulé: Quinque illustrium poetarum, Ant. Panormitæ; Ramusii Ariminensis; Pacifici Maximi Asculani; Joviani Pontani, Joannis Secundi Lusus in Venerem, etc., in-8.