[Note 68: ][ (retour) ] Vita del Bocc., p. 105.

Les leçons que Boccace donna dans ses dernières années sur le poëme du Dante, sont restées long-temps inédites. Elles ne furent imprimées que dans le siècle dernier [69], sous le titre de Commentaire. Elles remplissent deux forts volumes, et ne s'étendent cependant que jusqu'au dix-septième chant de l'Enfer. Le même M. Baldelli [70] fait un grand éloge de ce Commentaire, premier modèle qui existe en italien de la prose didactique. «Le commentateur, dit-il, explique avec élégance de style, gravité de pensées, et saine critique, le texte savant et rempli d'art, les nombreuses histoires et les allégories sublimes cachées sous le voile poétique. Il s'élève quelquefois à la haute éloquence, pour reprocher aux Florentins leurs vices ou leurs défauts; et cette libre franchise honore infiniment son caractère, quand on pense qu'il parlait ainsi publiquement, sous un gouvernement démocratique. Quelquefois il sait se rendre agréable, et s'insinuer dans les esprits, en louant les vertus et en exhortant ses concitoyens à se guérir de cette passion pour l'or, qui a tant de pouvoir dans une ville commerçante, et à s'élever jusqu'à l'amour de la renommée et de l'immortalité. Il se montre, dans ce Commentaire, grammairien profond, savant dans les langues anciennes, habile à enrichir, par les emprunts qu'il leur fait, sa propre langue; il y déploie beaucoup d'érudition historique, mythologique, géographique, et une connaissance très-étendue des livres saints, des Pères et des antiquités profanes et sacrées [71]

[Note 69: ][ (retour) ] En 1724, à Naples, sous la date de Florence, et sous ce titre: Comento sopra i primi sedici Capitoli dell' inferno di Dante, vol. V et VI des Œuvres de Boccace.

[Note 70: ][ (retour) ] Pag. 204.

[Note 71: ][ (retour) ] M. Baldelli avoue ensuite, en homme de goût, que, dans ce commentaire, souvent les étymologies grecques sont totalement fausses; que Boccace y montre quelquefois trop de crédulité, trop de foi dans l'astrologie et dans les récits fabuleux des anciens, défauts qu'il attribue avec raison au siècle plus qu'au commentateur même. Quant à l'excessive prolixité, à l'érudition surabondante et souvent triviale, il pense que ce qui les excuse, c'est que ces leçons furent écrites pour l'universalité des Florentins; que l'on peut même en conclure que l'auteur s'élevait avec le vol de l'aigle, au-dessus du commun des hommes de ce siècle, puisqu'à Florence, qui était alors la ville du monde la plus instruite, il était obligé d'expliquer même que là étaient nos premiers parents, et ce que ce fut que la première mort et le premier deuil. Cela prouve sans doute une grande supériorité dans Boccace; mais cela prouve aussi que c'était plutôt pour se satisfaire lui-même, que pour expliquer son auteur, qu'il étalait tant d'érudition. La plus grande partie de son Commentaire devait être bien au-dessus de la portée d'un auditoire à qui il eût fallu apprendre l'histoire d'Adam et d'Ève, de Caïn et d'Abel.

Sous prétexte d'expliquer Dante, on voit que le commentateur dit tout ce qu'il sait, et souvent ce qu'il importe peu de savoir. Mais de toutes ces explications qui furent sans doute alors très-admirées, parce que tel était l'esprit du temps, il en est peu qui puissent servir aujourd'hui pour la simple intelligence du texte; et il faut quelque patience pour les chercher dans ces deux gros volumes, où elles sont comme ensevelies.


CHAPITRE XVI.

Des Cent Nouvelles, ou du DÉCAMÉRON de Boccace.

Nous parcourons depuis long-temps les productions de l'un des hommes qui ont dans la littérature moderne la réputation la plus grande et la plus universellement répandu. Nous avons vu en lui un savant littérateur, un érudit, autant qu'on pouvait l'être de son temps; un poëte qui cherchait des routes nouvelles, qui tâchait de ressusciter l'Épopée, inventait des formes poétiques, et les appropriait dans sa langue à ce genre de poésie; enfin, un conteur abondant, mais prolixe d'événements romanesques où les lois de la vraisemblance étaient peu consultées, et qui ne rachetait même pas toujours, par les agréments de la narration, le vide et le peu d'intérêt des faits. Enfin, nous avons vu passer sous nos yeux environ quinze ouvrages de différents genres et d'inégale étendue, mais dont la destinée est à peu près la même, et qui, s'ils étaient seuls, auraient probablement entraîné le nom de leur auteur dans l'oubli presque total où ils sont plongés.