[Note 332: ][ (retour) ] Ce même Anton. Panormita, et Naldo Naldi, Vita Jannotii Manetti; voy. Muratori, Script. Rer. ital., vol. XX.

Il serait trop long de rapporter tous les traits de la vie du roi Alphonse qui prouvent son amour pour les sciences, pour la théologie, où il se piquait d'être aussi fort qu'aucun docteur de son royaume, pour la philosophie et pour les lettres. Le soin qui occupait le plus alors tous ceux qui les aimaient, celui de rechercher et de rassembler d'anciens manuscrits, était un des objets favoris de son attention et de ses dépenses. Il parvint à en former une collection nombreuse et choisie; et de tous les appartements de son palais, sa bibliothèque était celui où il se plaisait le plus. Il n'avait point pour écusson d'autres armes qu'un livre ouvert; sa joie s'exprimait par les signes les moins équivoques quand on lui en procurait un nouveau pour lui; lorsqu'à la prise et dans le pillage de quelque ville, il arrivait aux soldats de trouver des livres, ils se gardaient bien de les détruire, et les portaient au roi, comme ce qu'ils avaient trouvé de plus précieux dans le butin. C'est cette passion pour les livres que Cosme de Médicis sut mettre à profit pour terminer quelques différents assez graves qui s'étaient élevés entre Alphonse et lui. Il fit à ce roi le sacrifice d'un beau manuscrit de Tite-Live, et la bonne harmonie se rétablit [333]. Malgré nos progrès en tout genre et tous les avantages de notre siècle sur celui de Cosme et d'Alphonse, il est permis de regretter le temps où le don d'un livre latin, fait à propos, maintenait où rétablissait la paix entre deux états. L'histoire ajoute que les médecins du roi voulurent lui persuader que ce livre était empoisonné; mais qu'il méprisa leurs soupçons, et se mit à lire l'ouvrage avec un extrême plaisir [334].

[Note 333: ][ (retour) ] Crinitus, de honestâ Disciplinâ, l. XVIII, c. 9; Tiraboschi, t. VI, part. I, p. 95.

[Note 334: ][ (retour) ] Tiraboschi, ub. sup.

Quelques années plus tard, ce moyen de négociation aurait perdu son efficacité. L'invention de l'imprimerie, autre événement plus important encore par ses effets que la prise de Constantinople, sembla naître à la même époque pour consoler le monde littéraire de cette ruine et pour en sauver les débris. En rendant aussi prompte que facile la multiplication des copies d'un livre, elle en diminua la haute valeur. Il y eut encore des exemplaires infiniment précieux, et il y en aura toujours; mais il n'y en eut plus d'inappréciables, parce qu'il n'y en eut plus d'uniques, dont la possession pût être l'objet de l'ambition d'un roi, et dont le sacrifice lui parût une satisfaction suffisante. On a observé avec justesse [335] que cette invention parut précisément dans le temps le plus propre à sa propagation et à son succès. Si elle était née dans ces siècles où l'on ne s'était encore occupé ni des sciences ni des livres, où un homme passait pour savant dès qu'il était en état de lire et d'écrire tant bien que mal, les inventeurs auraient été forcés de laisser oisifs leurs caractères et leurs presses, peut-être de les jeter au feu, et de chercher pour vivre d'autres ressources. Mais le bonheur des lettres voulut que l'imprimerie fût inventée précisément au moment où la recherche des livres excitait un enthousiasme universel; à peine était-elle connue qu'elle fut accueillie, célébrée, adoptée de toutes parts, comme le don le plus précieux que les arts eussent encore fait aux peuples modernes; invention merveilleuse en effet, qui décida plus que toute autre de leur supériorité sur les anciens, et qui fut pour l'homme civilisé un moyen de progrès aussi puissant peut-être que l'avait été, dans l'enfance de la civilisation, la découverte de l'écriture et la création de l'alphabet.

[Note 335: ][ (retour) ] Tiraboschi. part. I, l. I, c. 4.

Mayence, Harlem et Strasbourg se sont long-temps disputé l'honneur de lui avoir donné naissance. La Caille, Chevillier, Maittaire, Prosper Marchand, Orlandi, Schœphlin, Meerman [336], semblaient avoir épuisé cette matière. D'autres auteurs l'ont encore traitée depuis. Le résultat le plus clair de toutes ses recherches est que l'invention de l'imprimerie en caractères mobiles appartient à l'Allemagne; que Jean Guttimberg de Mayence l'employa le premier [337], et que le premier livre qui fut imprimé avec cette espèce de caractères fut une Bible qui parut de 1450 à 1455, et dont on n'a encore retrouvé, dit-on, que trois exemplaires [338]. Le reste importe médiocrement à ceux qui sont plus attentifs aux effets et aux causes, que curieux des noms de lieu et des dates. Il paraît encore certain que cette invention passa d'Allemagne en Italie avant de se répandre ailleurs; mais une autre question que les érudits italiens ont souvent agitée, et qui nous arrêtera encore moins, est de savoir quel est, en Italie, le lieu où la première imprimerie s'établit. Est-ce Venise ou Milan? Est-ce le monastère de Subiac, dans la campagne de Rome? Dans l'un ou dans l'autre lieu, on avoue que ce furent deux imprimeurs allemands [339] qui transportèrent leurs instruments et leur industrie, et que leurs éditions les plus anciennes ne remontent pas plus haut que 1465. Ce qui paraît donner l'avantage au monastère de Subiac, c'est qu'il était alors habité par des moines allemands, et que ce dut être un motif de préférence pour des ouvriers de ce pays.

[Note 336: ][ (retour) ] Histoire de l'Imprimerie, Paris, 1689, in-4.; l'Origine de l'Imprimerie de Paris, Paris, 1694, in-4.; Annales Typographici, La Haye et Londres, 1719-1741, 9 vol. in-4.; Histoire de l'Imprimerie, La Haye, 1740, in-4.; Origine e progressi della stampa, Bononiæ, 1722, in-4.; Vindiciœ Typographicœ, Argentinæ, 1760, in-4.; Origines Typographycœ, La Haye, 1765, in-4.

[Note 337: ][ (retour) ] La fable de Laurent Coster, soutenue par Meerman, est entièrement discréditée aujourd'hui. M. de la Serna Santander, dans l'Essai historique qui précède son Dictionnaire bibliographique choisi du quinzième siècle, Bruxelles, 1805, in-8., ne laisse rien à désirer ni à dire sur cet objet.

[Note 338: ][ (retour) ] L'un est dans la Bibliothèque du roi de Prusse, à Berlin: l'autre chez des Bénédictins, près de Mayence (il doit être maintenant à la Bibliothèque impér.); le troisième à Paris, à la Bibliothèque Mazarine. (Tiraboschi, Stor. della Letter. ital., t. VI, part. I, p. 121.)