[Note 587: ] [ (retour) ] Février 1522.
[Note 588: ] [ (retour) ] Philippe Pacchione. Ce trait est détaillé dans toutes les Vies de l'Arioste.
Il était encore dans ce triste pays quand Clément VII fut élevé au souverain pontificat. Pistofilo de Pontremoli, secrétaire d'état du duc Alphonse, fut alors chargé de proposer à l'Arioste le titre d'ambassadeur résident auprès du nouveau pape. Il lui faisait envisager dans ce parti de grandes espérances de fortune. L'Arioste s'excusa d'accepter cette faveur. Il n'avait d'autres desirs que de retourner à Ferrare et d'y rester toute sa vie. Il laisse entendre dans sa réponse à son ami Pistofilo qu'un tendre attachement l'y rappelle. D'ailleurs, qu'irait-t-il faire à Rome? Ses espérances se sont toutes évanouies depuis que Léon X, qui avait été son ami, ainsi que toute cette famille des Médicis, après l'avoir leurré de belles promesses, l'a doucement écarté et enfin laissé dans l'infortune, tandis qu'il élevait et enrichissait tous ses autres amis. Il aurait tort d'attendre de Clément ce qu'il n'a pas eu de Léon même [589].
[Note 589: ] [ (retour) ] Voyez sa septième satire, à la fin.
En effet, on a lieu d'être surpris que ce généreux protecteur des lettres, qui répandait tant de bienfaits sur les poëtes mêmes les plus médiocres, n'ait rien fait pour le premier poëte de son temps. Les liaisons de l'Arioste avec les Médicis remontaient à l'époque de leur exil. Léon, qui était alors le cardinal Jean, lui avait promis que si jamais il se trouvait en état de le servir, il se chargerait de sa fortune. Il lui avait répété les mêmes protestations à Florence, après le rétablissement de sa famille [590]. Quand il fut devenu pape, l'Arioste alla le complimenter à Rome, comme firent tous ses amis. Léon lui fit le meilleur accueil; il l'embrassa, le baisa sur les deux joues [591], et lui renouvela toutes ses promesses: cependant il ne lui donna rien, il ne fit absolument rien pour lui, si l'on ne veut compter pour un bienfait la bulle qu'il lui accorda pour l'impression de son poëme [592], cette bulle a du moins le mérite d'être plaisante par son objet; mais ni l'amitié du pape, ni celle du cardinal Bibbiena n'empêchèrent qu'une partie de l'expédition du bref ne fût aux frais du poëte. Léon X régna neuf ans, et l'Arioste, dont les vœux étaient très-modérés, qui ne désirait que les deux vrais biens de la vie, le nécessaire et l'indépendance, n'obtint de lui ni l'un ni l'autre.
[Note 590: ] [ (retour) ] Sat. 4.
[Note 591: ] [ (retour) ] Sat. 3.
[Note 592: ] [ (retour) ] Le 20 juin 1515. Ce bref est parmi les lettres écrites par le Bembo, au nom de Léon X. (L. X, ép. 40.)
A quoi attribuer cette conduite, si ce n'est à l'attachement de l'Arioste pour la maison d'Este? Léon X avait hérité de la haine de Jules II contre le duc Alphonse, et du projet déjà formé d'envahir Ferrare. Cette ville entrait avec Modène, Reggio, Parme et Plaisance dans un plan qu'il avait fait pour son frère Julien de Médicis [593]. Il craignit que, s'il élevait l'Arioste aux dignités ecclésiastiques, comme le Bembo et Sadolet, il ne trouvât en lui dans la suite quelque obstacle à ses desseins [594]. L'Arioste avait sans doute pénétré ce motif, et il n'avait garde d'attendre du second pape Médicis ce qu'après tant de témoignages d'amitié, après tant de promesses, il avait attendu inutilement du premier.
[Note 593: ] [ (retour) ] Guichardin, Hist. d'Ital., l. XII.