[Note 581: ] [ (retour) ] On trouve ce reproche ainsi exprimé dans les notes de Virginio Ariosto, pour la vie de son père: VI. Il cardinale disse che molto gli sarrebbe stato più caro che M. Lod. avesse atteso a servilo, mentre che stava a camporre il libro. Voyez la première satire de l'Arioste, terz. 36.

[Note 582: ] [ (retour) ] Messer Ludovico, dove mai avete pigliato tante coglioneri? Tiraboschi en citant ce mot a mis corbellerie, t. VII, part. 1, p. 36; mais le texte pur du cardinal était consacré et attesté depuis long-temps par d'autres auteurs graves.

Devenu plus exigeant à mesure qu'il avait moins de bienveillance, il voulut que l'Arioste l'accompagnât en Hongrie, où des affaires l'appelaient et le retinrent plus de deux ans. Le poëte allégua en vain la faiblesse de sa santé, les soins qu'exigeaient de lui les affaires de sa famille; le cardinal ne voulut admettre aucune excuse, regarda ce refus comme une injure; l'Arioste y ayant persisté, il lui retira entièrement ses bonnes grâces, et du mécontentement il passa jusqu'à la haine. L'Arioste restait à Ferrare dans une position désagréable. Le duc Alphonse eut la générosité de l'en tirer, en le faisant passer de la cour de son frère dans la sienne [583]. Le peu d'occupation que lui donnait ce nouveau service ne lui aurait laissé beaucoup de loisir pour ses études, s'il n'y avait été troublé par des embarras domestiques qui augmentaient sans cesse. Le duc aurait pu facilement lui procurer le repos, mais il crut sans doute avoir tout fait en le faisant son gentilhomme, et en l'admettant dans sa familiarité la plus intime. Il lui ôta même, peut-être sans y penser, une de ses faibles ressources. L'Arioste recevait de lui, pour tous gages, une petite rente ou pension, assise, à ce que l'on croit, sur des gabelles, ou sur un autre impôt de ce genre. Alphonse supprima l'impôt, et l'Arioste perdit sa rente, que le duc ne songea point à remplacer.

[Note 583: ] [ (retour) ] Selon quelques auteurs, ce ne fut qu'après la mort du cardinal; et c'est ainsi que Mazzuchelli le rapporte, ub. supr.

Il perdit de plus un procès qu'il eut à soutenir contre la chambre ducale. Un de ses parents [584], possesseur d'un riche fief dans le Ferrerais, mourut; trois héritiers se présentèrent: l'Arioste, comme parent le plus proche, un ordre religieux pour un de ses moines qui se disait fils naturel du mort, et la chambre ducale, qui prétendait que cette terre lui était dévolue comme féodale. L'Arioste trouva dans son premier juge un ennemi personnel qui le condamna; dans le second, un homme faux et adroit qui lui persuada de renoncer à ses prétentions; et par amour de la paix, par crainte de perdre la bienveillance d'Alphonse, il y renonça. Le duc ne prit aucune couleur dans ce procès; il laissa agir ses agens d'affaires; il les laissa déployer toute leur science fiscale et féodale, et ne leur défendit point de le si bien servir.

[Note 584: ] [ (retour) ] Rinaldo Ariosto.

Il restait à l'Arioste une petite rente à peu près semblable à la première, sur la chancellerie de Milan, que le cardinal lui avait fait avoir et qu'au moins il ne lui ôta pas. Elle lui valait 25 écus tous les quatre mois [585], c'est-à-dire à peu près 450 ou 500 liv. par an [586]. Voilà pourtant toutes les récompenses qu'il obtint de cette famille si magnifique et si libérale; voilà le prix de ses longs services, des dangers auxquels il s'était exposé pour elle et de ses immortels travaux. Après de tels exemples, et ils ne sont pas rares, qui pourra blâmer les gens de lettres, amis de leur indépendance, qui fuient les princes et les cours? Qui pourra blâmer l'Arioste d'avoir indiqué ce résultat de ses services dans une devise qui représentait une ruche, dont un ingrat villageois chassait ou tuait les abeilles par la fumée d'un feu de paille, pour en extraire le miel, avec ce simple mot: Ex bono malum, le mal pour le bien.

[Note 585: ] [ (retour) ] Cette rente provenait du tiers des honoraires dus au notaire pour chacun des contrats expédiés dans cette chancellerie. L'Arioste en jouissait en société avec un Ferrarais de la famille Costabilli; il en parle dans sa première satire.

[Note 586: ] [ (retour) ] En comptant, par écu, 6 à 7 liv. de France.

Sa position devint si cruelle qu'il se vit forcé de prier le duc, ou de pourvoir à ses besoins, ou de lui permettre de quitter son service pour chercher ailleurs des ressources. Alphonse, qui l'aimait réellement, ne rejeta point sa prière; mais comment croit-on qu'il y répondit? En le nommant son commissaire dans un petit pays appelé la Garfagnana, alors agité par des troubles, divisé par des factions et infesté de brigands [587]. Quel emploi pour un favori des Muses! Mais ce grand génie était en même temps un esprit conciliant, juste et flexible; il mit tant d'adresse, de patience et de douceur dans cette commission épineuse, qu'il ramena toutes les volontés, apaisa les troubles, et gagna l'affection des sujets en acquérant de nouveaux droits à l'attachement du maître. L'aventure connue qu'il eut alors avec un chef de brigands [588] qui, loin de l'attaquer, dans un lieu désert où il le pouvait avec avantage, lui prodigua, quand il sut son nom, les offres de services et les témoignages de respect, prouve que l'admiration qu'on avait pour lui était devenue, jusque dans les dernières classes, un sentiment général.