[Note 620: ] [ (retour) ] J'ai observé dans l'extrait du Bojardo la différence qui existe ici entre la version de l'Arioste et la sienne; ci-dessus, p. 331.

[Note 621: ] [ (retour) ] Orlando innamorato, c. III; ci-dessus, p. 307.

[Note 622: ] [ (retour) ] Orlando furioso, c. I. C'est là qu'est ce trait charmant devenu proverbe:

O gran bontà de' cavalieri antiqui! etc. (St. 22.)

Bientôt le chemin se partage en deux. Incertains de celui qu'elle a pu prendre, ils se séparent. Renaud s'enfonce dans la forêt; Ferragus revient au bord du fleuve d'où il était parti. Il recommence à chercher avec une longue perche son casque qui y était tombé. Tout à coup l'ombre de l'Argail, de ce jeune frère d'Angélique, qu'il avait tué peu de temps auparavant, et dont il avait jeté le corps précisément en cet endroit, s'élève du milieu du fleuve, tenant d'une main le casque que Ferragus lui avait alors promis d'y rapporter dans trois jours. Il lui reproche son manque de parole, et disparaît avec son casque; action particulière que le Bojardo avait commencée [623], et que l'Arioste, en passant, termine ainsi.

[Note 623: ] [ (retour) ] Orlando innamorato, c. III; ci-dessus, p. 306.

Cependant Angélique fuyant à travers la forêt et n'en pouvant plus de lassitude, était descendue dans un bosquet où des arbres et des buissons fleuris formaient le plus délicieux ombrage. Elle entend un chevalier qui, se croyant seul, poussait des soupirs et se plaignait de sa destinée. C'était Sacripant, roi de Circassie, qui, après l'avoir défendue en Orient lorsqu'elle était assiégée dans Albraque sa capitale [624], était passé en Occident pour la suivre, et croyait l'avoir entièrement perdue. Angélique pense qu'il peut la servir encore, la sauver des poursuites de Renaud, et la reconduire dans ses états. Elle sort du lieu où elle était cachée, aborde Sacripant, et lui montre les dispositions les plus favorables. Il se préparait à en profiter plus qu'elle ne le voulait peut-être, lorsqu'il est interrompu par l'arrivée d'un chevalier couvert d'une armure aussi blanche que la neige. Sacripant le défie au combat. Au premier coup de lance, ce chevalier l'abat, le laisse étendu sur le sable, et poursuit fièrement sa route. Un courrier qui vient à passer apprend au triste Circassien que ce chevalier blanc est une femme, ou plutôt une jeune fille, la belle et invincible Bradamante [625]. Sacripant, à peine relevé de sa chute, n'était pas encore revenu de sa honte, lorsqu'un autre chevalier survient à pied. C'est Renaud. Sacripant met pied à terre; nouveau combat, nouvelles terreurs d'Angélique, qui prend, comme à son ordinaire, le parti de monter sur le cheval de Sacripant et de s'enfuir [626].

[Note 624: ] [ (retour) ] Orlando innam., c. X.

[Note 625: ] [ (retour) ] Orlando fur., c. I, st. 69, 70.

[Note 626: ] [ (retour) ] C. II.

Elle rencontre dans la forêt un vieil ermite, nécromant de son métier. Elle lui confie son extrême desir de quitter la France, et de s'embarquer au plus vite pour échapper aux poursuites de Renaud. L'ermite qui a ses vues, évoque un démon familier, et l'envoie, sous la forme d'un valet, tromper les deux chevaliers qui se battent pour Angélique. L'esprit follet leur affirme qu'elle a retrouvé Roland, qu'en ce moment il l'enlève en se moquant d'eux et retourne à Paris avec elle. Renaud, sans dire un mot, monte sur Bayard, que son instinct, qui approchait de l'intelligence humaine, avait ramené auprès de lui, et court au galop vers Paris. C'était le moment où Charlemagne, après la bataille qu'il avait perdue contre Agramant, rassemblait le reste de ses troupes, se préparait à soutenir un siége, et pensait à envoyer en Angleterre demander du secours. Il y députe Renaud, à qui cette commission est fort désagréable, mais qui part aussitôt pour la remplir.