Car chez vous autrefois je fus auteur aussi [731].
Che vivono a le corti, e che vi sono,
Più grati assai che'l virtuoso e'l buono.
(Ibid. st. 20.)
Gli scrittori amo, e fo il debito mio,
Ch'al vostro mondo fui scrittore anch'io.
(St. 28.)
Deux stances après, le poëte laisse Astolphe dans le ciel, et redescend sur la terre, pour nous ramener à Bradamante et à la suite de ses exploits et de ses amours.
Ce trait est encore un de ceux qu'assurément la Sorbonne, de prohibitive mémoire, n'eût point laissé passer dans un poëme français, mais qui, en Italie, le pays du monde cependant où l'on devait s'y connaître le mieux, n'ont jamais été regardés que comme des plaisanteries fort innocentes.
Redescendu sur la montagne du paradis, avec Astolphe qui emporte la fiole du bon sens de Roland [732], l'évangéliste lui fait connaître une herbe qu'il lui suffira d'appliquer sur les yeux du roi Senape, pour lui faire recouvrer la vue. Engagé par ce service et par le premier qu'Astolphe lui a rendu en le délivrant des Harpies, Senape lui fournira une forte armée pour attaquer les états d'Agramant. Le paladin quitte enfin son guide, et revient sur l'Hippogryphe à la cour du roi d'Éthiopie. Il le guérit de sa cécité. Senape, par reconnaissance, lui donne toutes les troupes qu'il lui demande et cent mille hommes de plus. Mais dans cette innombrable armée, il n'y a point de cavalerie, faute de chevaux. Astolphe se sert, pour en créer, d'un moyen très-économique. Du haut d'une montagne, où il s'est mis en prière, il jette des pierres dans la plaine. Ces pierres se changent en chevaux tout équipés; et quatre-vingt mille [733] cent deux pitons sont ainsi changés en cavaliers, dans un seul jour.
[Note 732: ] [ (retour) ] C. XXXVIII, st. 24.
Ottanta mila, cento e due in un giorno
Fè di pedoni Astolfo cavalieri.
(St. 35.)
Tout cela est conté avec un sérieux très-comique; et dans la stance précédente, après avoir peint le paladin faisant à genoux sa prière, le poëte s'écrie plus sérieusement encore:
O quanto, a chi ben crede in Cristo, lece!
Si je ne pas craignais d'ennuyer, je rappellerais encore ici, mais seulement comme une singularité remarquable, les bulles de Léon X et de Clément VII.
Cette armée se met aussitôt en campagne, entre dans les riches états d'Agramant, et y met tout au pillage. Il reçoit en France ces tristes nouvelles; il veut repasser en Afrique; mais avant de partir, il fait proposer à Charlemagne de vider leur querelle par un combat singulier entre les deux guerriers les plus braves des deux armées. Charles choisit Renaud, et Agramant Roger. Celui-ci, tout fier qu'il est de cet honneur, est au désespoir d'être obligé de se battre contre le frère de sa maîtresse. Le poëte nous fait entrevoir dans cette situation nouvelle un grand intérêt pour la suite de cette partie de son action; mais une autre partie qu'il a suspendue le rappelle en Afrique; il nous y ramène avec lui.
Astolphe à la tête d'une armée qui aurait suffi, dit l'Arioste, pour conquérir sept Afrique [734], continuait à ravager les états d'Agramant. Il veut, de plus, délivrer la Provence des Sarrazins qui y avaient réuni toutes leurs forces. Il lui faut une flotte. On vient de voir comment il s'était fait une cavalerie nombreuse; il crée à peu près de même une armée navale; il jette à pleines mains dans la mer, des feuilles de laurier, de palmier et de cèdre; et ces feuilles se changent en vaisseaux. Le poëte félicite avec raison le petit nombre d'hommes à qui le ciel permet de faire de si grandes choses à si peu de frais [735].
[Note 734: ] [ (retour) ] C. XXXIX, st. 25.