Le malheur qui le poursuit veut qu'il rencontre en pleine mer la flotte créée par Astolphe et commandée par le brave Dudon. Attaqués à l'improviste pendant la nuit, ses vaisseaux sont tous brûlés, pris ou coulés à fond. Après tant de combats sur terre, ce combat naval et nocturne offre un nouveau spectacle et une riche variété. Les couleurs n'en sont pas moins vigoureuses, moins chaudes, ni moins terribles [742]. Agramant a beaucoup de peine à se sauver dans un esquif, accompagné du sage Sobrin. Il passe à travers la flotte victorieuse, et arrive à la vue de terre au moment où Biserte, sa capitale, est prise d'assaut par l'armée d'Astolphe, et mise à feu et à sang. Agramant qui voit de loin la flamme, ne peut que gémir et se désespérer. Il veut se tuer; Sobrin l'arrête, et lui redonne encore quelque espoir. Tout à coup une tempête horrible s'élève, le repousse loin du rivage, et le jette dans une petite île déserte [743].

[Note 742: ] [ (retour) ] Même chant, st. 81, jusqu'à la fin. Le poëte s'interrompt alors, et commence le chant XL, en rappelant au duc Alphonse une petite action assez chaude que ce duc avait soutenue contre des bâtiments vénitiens qui avaient remonté le Pô, et qu'Alphonse força de redescendre. Il revient à son sujet, st. 6.

[Note 743: ] [ (retour) ] Ibid., st. 45.

Gradasse, roi de Sericane, venait d'y aborder dans une autre barque. Après avoir agité entre eux plusieurs projets, ayant appris comment les choses se sont passées à Biserte, et quels sont les guerriers qui l'ont détruite, ils s'arrêtent au dessein d'envoyer défier Roland de venir, lui et deux autres chevaliers chrétiens, se mesurer avec eux trois dans l'île de Lipaduse, entre la côte d'Afrique et l'île où ils ont abordé. Roland accepte avec joie. Il choisit pour second son cousin Olivier, et le plus cher de ses amis, Brandimart. Ils montent tous trois sur une barque, et arrivent d'un côté à Lipaduse, en même temps que leurs adversaires y arrivent de l'autre côté [744]. Voici encore un combat, mais plus terrible que tous les autres, et qui a un caractère particulier. Ce n'est point un triple duel, c'est un combat mêlé et à outrance entre ces six redoutables champions, qui font, dans une petite île déserte et ignorée, des prodiges de valeur dignes des regards de toute la terre. Brandimart est tué [745], Olivier grièvement blessé; mais à la fin Roland reste vainqueur [746]. Il tue Agramant et Gradasse. Sobrin était étendu près d'Olivier, baigné dans son sang et presque sans vie; Roland fait panser ses blessures, et prend de lui autant de soin que d'Olivier même. Il ne peut se réjouir de sa victoire, ni se consoler de la mort de son cher Brandimart [747].

[Note 744: ] [ (retour) ] L'Arioste les y quitte encore, st. 61, et nous laisse dans l'attente jusqu'à la st. 36 du c. XLI, où, après nous avoir instruit de la manière dont les trois chevaliers étaient armés, il les fait descendre à terre, et peint les préparatifs du combat; mais notre attente est encore trompée; il s'interrompt de nouveau, pour aller retrouver Roger, et ce n'est qu'à la st. 68 que le combat commence enfin.

[Note 745: ] [ (retour) ] St. 102.

[Note 746: ] [ (retour) ] C. XLII, st. 7 et suiv.

[Note 747: ] [ (retour) ] St. 18.

Pendant que cela se passe en Afrique, Roger n'ayant pu en France terminer son combat avec Renaud, ni empêcher la défaite totale de l'armée d'Agramant, croit toujours qu'il est de son devoir de s'attacher à lui jusqu'à la fin, et de le suivre, s'il n'a pu l'accompagner dans sa fuite. Après quelques aventures, car jamais un des héros de l'Arioste ne fait route sans en trouver, il s'embarque pour l'Afrique [748]. La même tempête qui a repoussé Agramant attaque le vaisseau où est Roger. Elle le pousse vers des rochers où il va se briser: point d'autre moyen de salut que de se précipiter dans les flots, et de nager vers ces rochers [749]. Tout en nageant, Roger se rappelle la promesse qu'il a faite tant de fois de se faire chrétien; il le promet de nouveau, et cette fois du fond du cœur [750]. Arrivé seul dans cette île déserte, il y trouve un saint ermite à qui sa venue était annoncée. L'ermite lui reproche ses trop longs délais, lui en fait voir le danger, le persuade, le baptise, et, doué du don de prophétie, lui prédit encore une fois les destinées qui l'attendent et la gloire de ses descendants [751].

[Note 748: ] [ (retour) ] C. XLI, st. 7.