[Note 764: ] [ (retour) ] St. 99.
Il arrive dans une ville et descend dans une auberge où, à ses armes et à son bouclier sur lequel était peinte une licorne, il est reconnu pour le guerrier qui avait arraché la victoire des mains de l'empereur, et détruit une partie de son armée. Le commandant de la ville le fait arrêter dans son lit pendant son sommeil, le fait mettre en prison, et en donne avis à l'empereur [765]. Léon, ferme dans les sentiments qu'il a conçus pour Roger, espère tirer parti de la position critique où il se trouve pour obtenir son amitié. Mais Roger avait tué dans le combat le fils de Théodora, sœur de Constantin; elle sollicite sa mort, et la demande avec tant d'instance que l'empereur ne peut la refuser. Roger est livré à cette mère vindicative. Il est jeté dans un cachot souterrain, chargé de fers, et menacé du plus honteux et du plus cruel supplice.
[Note 765: ] [ (retour) ] C. XLV, st. 10 et suiv.
Cependant Charlemagne avait, suivant sa promesse, fait publier dans tout son empire que celui qui voudrait obtenir Bradamante devait se présenter les armes à la main pour la combattre [766]. Aymon et Béatrice sont forcés de céder à l'autorité de l'empereur et de ramener leur fille à la cour. Roger n'y était plus: elle ne sait à quoi attribuer son absence, et tombe dans de nouvelles perplexités. Elle était loin de soupçonner le péril qu'il courait alors. La cruelle Théodora pressait son supplice: mais le généreux Léon ne peut se résoudre à voir périr honteusement un si brave guerrier [767]. Il corrompt les gardes de Roger, pénètre dans la prison, l'en retire et le cache dans sa propre maison, en attendant qu'il puisse lui rendre ses armes et le renvoyer en sûreté. La haine de Roger ne peut tenir à de si grands et de si généreux services: il ne sait comment témoigner sa reconnaissance à celui à qui il doit la vie.
[Note 766: ] [ (retour) ] St. 22.
[Note 767: ] [ (retour) ] St. 42.
Il s'en présente un moyen auquel il ne s'attendait pas. Le cartel publié par ordre de Charlemagne parvient à la connaissance de Léon [768]. Il s'avoue à lui-même son infériorité dans les armes, et il imagine d'engager le chevalier inconnu à se présenter au combat en son nom et couvert de son armure. Il met tant d'instances à lui demander ce service, que Roger, qui lui doit tout et qui ne veut pas se faire connaître, ne peut le refuser. On conçoit quelle agitation s'élève dans son cœur, et combien est neuve et intéressante la situation où il se trouve. Il part avec Léon: le jour du combat est fixé; les armes, dont il a eu le choix, sont l'épée seule et à pied, parce qu'il ne veut pas être reconnu à son cheval Frontin; du reste, il est couvert de la soubreveste de Léon et armé du bouclier où est la devise de ce prince. Le combat dure tout le jour, et d'après la convention faite, Bradamante n'ayant pu vaincre, est déclarée vaincue. Roger, de retour dans la tente de Léon, reçoit de lui les caresses les plus tendres et les plus vifs remercîments; il n'y répond que par un silence morne et glacé. Dès qu'il peut s'y soustraire, il se fait rendre ses armes, monte sur Frontin, et part au milieu de la nuit. Il entre dans une forêt solitaire, où il veut se laisser mourir [769].
[Note 768: ] [ (retour) ] St. 53.
[Note 769: ] [ (retour) ] St. 86.
Bradamante n'est pas moins désespérée que lui. Marfise vient à son secours. Elle se présente devant l'empereur, et affirme que Bradamante n'est plus libre; que devant elle, devant Roland, Renaud et Olivier, elle a donné sa foi à Roger, qu'elle ne peut donc plus recevoir la main d'un autre, et qu'elle Marfise le soutiendra contre tout chevalier qui osera dire le contraire [770]. Bradamante interrogée est moins affirmative que Marfise, mais ne la contredit pas. Roland et Olivier déposent pour elle; toute la cour se partage entre Roger, que l'on croit absent, et Léon à qui l'on attribue le combat contre Bradamante. Marfise fait une nouvelle proposition. Puisque son frère est vraiment l'époux de Bradamante, nul autre ne le peut être de son vivant; que Léon et lui se battent donc l'un contre l'autre, et que Bradamante soit le prix du vainqueur. Léon, qui croit toujours avoir auprès de lui le chevalier de la Licorne, ne craint pas plus Roger qu'il n'avait craint Bradamante: il accepte le défi; mais il apprend bientôt la fuite de son chevalier; il tombe alors dans de grandes inquiétudes, et fait chercher de tous côtés si l'on n'en a point de nouvelles.