[Note 770: ] [ (retour) ] St. 103, jusqu'à la fin du chant.

Le nœud va toujours se serrant et se brouillant de plus en plus. C'est la bonne et sage Mélisse qui vient enfin le dénouer [771]. Elle va trouver Léon, lui apprend que ce guerrier qu'il cherche est prêt à perdre la vie, et qu'il dépend de lui de la lui conserver. Sans lui en dire davantage, elle le conduit dans la forêt, où ils trouvent Roger, couché sur la terre depuis trois jours, et décidé à y mourir. Léon l'interroge avec tant de chaleur et d'amitié, qu'il arrache enfin à Roger le secret de son nom et celui de son amour. On prévoit alors le dénoûment. Léon ne veut pas se laisser vaincre en générosité; il embrasse son rival et renonce à toutes prétentions sur sa maîtresse. C'est lui-même qui va présenter Roger à Charlemagne, qui lui déclare hautement tout ce qui s'est passé, et qui demande pour son ami la main de Bradamante.

[Note 771: ] [ (retour) ] C. XLVI, st. 21.

Pour que rien ne manque au bonheur de Roger, des ambassadeurs arrivent de la part des Bulgares. Ces peuples ont persisté à vouloir pour leur roi le chevalier de la Licorne, à qui ils ont dû leur salut et une si grande victoire. Leurs députés sont venus le chercher à la cour de Charlemagne; et trouvant en lui ce même Roger que tout le monde admire, ils font auprès de lui leur ambassade. Le sceptre et la couronne l'attendent à Andrinople, capitale de ses nouveaux états. Alors, l'ambitieuse Béatrice elle-même n'a plus rien à dire. Bradamante, sa fille, sera reine, si elle n'est pas impératrice. Le mariage est donc conclu et célébré à la cour par les fêtes les plus splendides.

L'Arioste, pour rappeler aux lecteurs son but principal, charge Mélisse de préparer aux deux époux un logement magnifique [772]. La bonne magicienne, enfin venue à bout de ses projets, met au nombre des objets rares et somptueux qu'elle rassemble un pavillon prophétique, sur lequel est brodée en relief une partie de l'histoire de la maison d'Este, et surtout dans un long détail celle du cardinal Hippolyte.

[Note 772: ] [ (retour) ] Ibid., st. 76.

Ces fêtes, où la joie éclate, ne sont troublées que par l'apparition subite et inattendue du seul ennemi qui restât, en France, à Roger et à l'empereur. Seul de tous les rois africains, Rodomont n'était point reparti pour ses états. Retiré dans une caverne [773], il s'était imposé à lui-même un an de pénitence, c'est-à-dire de suspension de faits d'armes. Ce terme étant expiré, il se présente, couvert d'armes toutes noires et de l'air le plus menaçant, devant la table de Charlemagne où les jeunes époux sont assis, dans un festin solennel, l'un à droite, l'autre à gauche de l'empereur [774]. Il interpelle Roger à haute voix, lui soutient qu'il est traître à sa religion et à son roi, et le défie au combat. La cour entière, et surtout la tendre Bradamante tremblent à ce terrible défi. Roger, incapable de crainte, se lève, prend ses armes, entre en lice, et après le combat le plus effrayant et peut-être le plus poétique et le plus chaudement écrit de tout le poëme, il renverse Rodomont et le tue. Sa mort termine le Roland furieux, comme celle de Turnus termine l'Énéide; mais ce n'est point en gémissant [775], c'est en blasphêmant que s'enfuit cette ame indignée, qui avait été, dans le monde, si orgueilleuse et si hautaine [776].

[Note 773: ] [ (retour) ] Ci-dessus, p. 441.

[Note 774: ] [ (retour) ] St. 101.

[Note 775: ] [ (retour) ]

Vitaque cum gemitu fugit indignata sub umbras.

(Énéide.)