[Note 850: ] [ (retour) ] Il dit dans son dixième chant, st. 48:

Il buon e saggio vescovo Turpino

quale è autor de l'Istoria presente;

et ailleurs, en parlant des armes du roi sarrazin Almont:

Ch'erano fatte per industria ed opra,

Come scrive Turpin, già di Vulcano.

(C. IX, st. 63.)

[Note 851: ] [ (retour) ] La première édition parut en 1572, et il était mort trois, ou même six ans auparavant. Voyez ci-dessus, p. 532.

Il avait voulu donner, en quelque sorte, un commencement aux deux Roland du Bojardo et de l'Arioste; un autre poëte osa vouloir donner une suite au Roland furieux et faire pour ce poëme ce que l'Arioste avait fait pour celui du Bojardo. L'entreprise était hardie, et le poëte, quoiqu'il ne fût pas sans talent, n'était pas de force à pouvoir la soutenir. Vincenzo Brusantini ou Brugiantini était un gentilhomme de Ferrare, d'un esprit bizarre et capricieux. Après avoir inutilement tenté fortune à Rome, il y parla plus indiscrètement et plus haut qu'il n'était permis sur certaines matières, fut mis en prison, en sortit plus pauvre qu'auparavant, et parcourut ensuite l'Italie, réussissant auprès de tous les princes, mais perdant toujours, par son humeur fantasque et par ses imprudences, les occasions de corriger son sort, que lui procuraient sa vivacité d'esprit et ses talents. Il se retira enfin dans sa patrie, sous la protection du duc Hercule II, à qui il dédia son poëme; et il y mourut d'une maladie pestilentielle, vers l'an 1570 [852]. Le titre de ce poëme est Angelica innamorata [853]; le sujet est la mort de Roger, tramée par les intrigues de la coupable maison de Mayence, et la vengeance que sa fidèle Bradamante et Marfise sa sœur, tirent de Ganelon son meurtrier [854]. La continuation de la guerre entre Marfise et les Sarrasins d'Espagne d'une part, Charlemagne et ses paladins de l'autre, est toujours le grand fond sur lequel cette action particulière est placée. Angélique amoureuse n'est pas seulement ici le principal épisode, comme Roland furieux dans le poëme de l'Arioste; même après la mort de Roger, ses aventures continuent et ne se terminent qu'avec le poëme. On ne peut dire pourtant qu'elle en soit l'héroïne; ce noble titre lui conviendrait mal, pour des causes que l'on va voir.

[Note 852: ] [ (retour) ] Mazzuchelli, Script. d'Ital., tom. II, part. IV, p. 2235. On a du même poëte un autre ouvrage encore moins heureux que son Angélique; c'est le Décaméron de Boccace mis tout entier en vers: Le cento Novelle di Vincenzo Brusantini dette in ottava rima, Venezia, 1554, in-4º.

[Note 853: ] [ (retour) ] Venezia, 1550, 1553, in-4º.

[Note 854: ] [ (retour) ]

Voi qui l'acerba morte empia e crudele

Vedrete di Ruggier saggio e cortese,

E che di ciò cagion fu la infedele

E scelerata stirpe maganzese;

Poi come la consorte sua fedele

Cercollo con Marphisa in stran paese,

E la vendetta che da giusta mano

Fatta nel sangue fu de l'empio Gano.

(C. I, st. 3.)

Dans les deux premières stances, l'auteur annonce des guerres, de glorieuses entreprises, des enchantements, des joutes, des querelles, de terribles accidents et de nouvelles histoires; puis des actes de courtoisie, d'ardentes amours, la foi, la vertu, la valeur, et des triomphes et des honneurs immortels; il n'oublie dans tout cela que de parler d'Angélique; l'exposition et l'invocation remplissent six octaves, et le nom d'Angélique ne s'y trouve pas, elle entre tout de suite en action à la huitième.

De qui est-elle donc amoureuse, cette superbe reine du Cathay? Hélas! de tout le monde; par enchantement, il est vrai, et par l'effet des vengeances de la méchante fée Alcine, qui croit que c'est elle qui lui a enlevé Roger; mais cet abandon général qu'elle fait de sa personne, quoiqu'involontaire et forcé, imprime au caractère de cet objet de la passion de tant de héros un avilissement, qui détruit tout l'intérêt qu'avait inspiré son amour pour Médor. Dans le palais enchanté où son ennemi la retient, la malheureuse Angélique s'enflamme pour le premier venu, se livre, est prise et quittée chaque jour, et passe de plaisirs imparfaits à la honte et à des regrets amers. Elle est si peu maîtresse d'elle-même, qu'elle se donne au vil Martano, à cet ancien amant de la coupable Origille, fouetté par la main du bourreau dans le poëme de l'Arioste [855]. Origille aussi, vêtue en chevalier et couverte d'armes qu'elle a dérobées, arrive à ce palais; Angélique prend feu pour elle; et quand, pendant la nuit, elle s'est aperçue qu'elle aime en vain, elle n'en aime pas moins; et c'est un nouveau genre de peine qu'Alcine lui réservait encore.

[Note 855: ] [ (retour) ] Orlando fur., c. XVIII, st. 92.

Alcine de son côté s'est remparée de Roger, qu'elle a réussi à séparer de Bradamante, comme Angélique de Médor. Roger, à qui le sage Logistille l'avait fait voir auparavant [856] ridée, chauve, décrépite, en un mot un objet d'horreur, la revoit, par de nouveaux enchantements, brillante de tous les attraits de la jeunesse, et s'oublie de nouveau dans ses bras. La fée Ungande, n'importe par quel moyen, délivre à la fois Roger et Angélique, rompt le charme, détruit le palais et rend à la vieille Alcine sa hideuse décrépitude. Roger à peine réuni à sa fidèle Bradamante et à sa sœur Marfise, en est de nouveau séparé par une ruse des Mayençais, leurs implacables ennemis. Ganelon et les siens ont enfin ourdi un piége où ils l'attirent. Roger entre dans le château de Ponthieu, et y est massacré pendant la nuit.

[Note 856: ] [ (retour) ] Ibid., c. VII, st. 72 et 73.