[Note 905: ] [ (retour) ] Il est singulier que l'auteur, qui en général est fort grave, ait gardé pour ce moment la rencontre de deux pélerins et de Rosanella leur maîtresse à frais communs, qui s'arrêtent la nuit dans un ermitage, où frère Antenor fait avec Rosanella ce que font en pareil cas tous les moines du Décaméron, et qu'il ait conté cette aventure plus librement que Boccace lui-même (c. LXXII et LXXIII). Un peu plus loin, Renaud et sa compagne trouvent dans les bois un homme nu, qui a quatre grandes cornes, et qui va se cachant et pleurant à chaudes larmes. Ils apprennent de lui qu'il avait cru posséder la jeune femme la plus vertueuse et la plus chaste; pour preuve de sa confiance, il avait conjuré le ciel de manifester par des signes visibles si elle lui était fidèle ou si elle ne l'était pas; et aussitôt ce quadruple ornement s'était montré sur sa tête. Renaud, d'un seul coup de son épée Frusberte, lui abat cette incommode parure, veut l'engager à se consoler et à quitter les bois; mais le sauvage y veut rester, et continue de se désoler, quoique Renaud lui assure que ce qui lui est arrivé arrive à tout le monde, et que tout le monde s'en fait un jeu:

C'haver le corna in testa adesso è un gioco.

(C. LXXXVII.)

On ne conçoit pas comment le poëte a réservé ces deux traits d'un moine libertin et de deux paires de cornes, pour les placer entre la conquête de la Terre-Sainte et le voyage au temple de la Vertu.

[Note 906: ] [ (retour) ] C. LXXX et suiv.

[Note 907: ] [ (retour) ] C. LXXXVI.

[Note 908: ] [ (retour) ] C. LXXXVIII.

Il est trop aisé de sentir les vices d'une pareille fable, interrompue à tout moment par les expéditions de Charlemagne et par les digressions de l'auteur. Les visions allégoriques de Renaud, amenées et présentées sans art et sans vraisemblance, ont néanmoins un but philosophique très-remarquable et qui peut-être les ferait lire, s'il ne manquait au poëme entier ce qui seul fait lire les ouvrages, le style. C'est un défaut commun au plus grand nombre des poëmes de cette époque et de ce genre. La tentative que fit Lodovici d'employer la terza rima, dans l'épopée ne réussit pas; et personne n'osa la renouveler après lui.

Les noms de Charlemagne, de Roland et de Renaud ne décorèrent pas seuls les titres de ces poëmes: Roger fut le sujet de quatre ou cinq, dans lesquels des poëtes peu connus célébrèrent ses exploits [909], ses regrets [910], sa mort [911], sa vengeance [912], et même Ruggieretto son fils [913].

[Note 909: ] [ (retour) ] Di Ruggiero, canti IV di battaglia, par un certain Bartolommeo Horiuolo, Venezia, 1543, in-4º.

[Note 910: ] [ (retour) ] Il pianto di Ruggiero, di Tommaso Costo, da lui medesimo correcto, ampliato, etc., Napoli, 1582, in-4º.

[Note 911: ] [ (retour) ] La morte di Ruggiero continuata alla meteria dell'Ariosto, di Giamb. Pescatore, canti XXX, Vinegia, 1549, petit in-4º, 1551, 1557, in-8º.

[Note 912: ] [ (retour) ] Le vendetta di Ruggiero continuata alla materia dell'Ariosto, di Giamb. Pescatore, canti XXV, Vinegia 1556, in-4º. On a encore sur ce sujet, outre l'Angelica innamorata dont nous avons parlé ci-dessus, la continuazione di Orlando furioso colla morte di Ruggiero, di Sigismondo Paoluccio delle il Filogenio, Venezia, 1543, in-4º. canti LXIII.