[Note 339: ] [ (retour) ]

Fece un cerchio e poscia gittò le carte. (Ibid.)

[Note 340: ] [ (retour) ] Cant. XXI.

[Note 341: ] [ (retour) ]

Ma come volse il padre celestiale

Lo imperatore non si fece mate.

(c. XXII.)

Charles, déguisé en pélerin, va dans les cuisines du palais, demande à manger, se fait une querelle avec les cuisiniers, les rosse avec son bourdon et son bâton, est mis dehors, et trouve enfin un jeune officier à qui il dit qu'il vient de St.-Jacques en Galice, et qu'il apporte des nouvelles de l'empereur et de son armée. Cet officier le conduit auprès de la reine, avec laquelle il a un long entretien. Cette imitation de l'Odyssée, quelque défigurée qu'elle soit, ne serait pas sans intérêt, si elle était mieux amenée. L'auteur n'a pas oublié le trait touchant du chien d'Ulysse, mais il l'arrange à sa manière. La reine avait une petite chienne que l'empereur aimait beaucoup; pendant seize années, on la lui avait conduite tous les matins: il la caressait, et jamais elle ne souffrait d'autres caresses que les siennes et celles de la reine. Dès que cette petite chienne voit le pélerin assis auprès de sa maîtresse, elle court à lui, lèche ses pieds, son visage, et le parcourt ainsi de la tête aux pieds, avec tous les signes de la joie. La reine surprise demande à l'inconnu s'il a autrefois fréquenté ce palais, s'il a été domestique ou écuyer de Charlemagne; si, enfin, il a vu quelque part ce petit animal, qui ne faisait jamais un tel accueil qu'au roi son époux. Charles lui répond avec une simplicité homérique: «Je ne suis point, et n'ai jamais été ce que vous dites. Faut-il qu'une bête me reconnaisse, et que vous, qui êtes ma femme, vous ne me reconnaissiez pas? Je suis Charles, fils de Pepin, empereur de Rome et roi de France [342].» La dame le regarde de tous ses yeux: il est si défiguré qu'elle ne le reconnaît pas encore. Prudente comme Pénélope, elle lui demande quelques signes, et entre autres l'anneau qu'elle lui avait donné, et la marque d'une croix que l'empereur avait sur l'épaule droite. Charles lui présente l'anneau, dépouille son épaule, et montre la petite croix. Alors tous les doutes sont dissipés, et les deux époux se livrent au plaisir de se revoir.

[Note 342: ] [ (retour) ]

E pure mi conosce una fiera,

E non tu che sei mià vera mogliera.

Io son Carlo figlinol del re Pipino,

Imperator di Roma rè di francia.

(Ibid.)

Cependant l'heure de la cérémonie du mariage approchait; elle arrive, et c'est au milieu même de cette cérémonie que Charlemagne, aidé d'un petit nombre d'amis qu'il a retrouvés, tue l'usurpateur, et reprend publiquement sa femme et sa couronne [343]. On fait un grand massacre des Mayençais. Charles retourne ensuite à son armée, presse les Sarrazins, assiége et prend successivement Pampelune et Sarragosse; et, selon son usage, n'accorde la vie qu'à ceux qui se font chrétiens [344].

[Note 343: ] [ (retour) ] Cant. XXIII.

[Note 344: ] [ (retour) ] Cant. XXV et XXVI.

Il restait encore deux rois sarrazins à soumettre. Marsile était le plus puissant; il pouvait prolonger la guerre; Charles se détermine à lui envoyer un ambassadeur pour lui offrir des conditions de paix. Tous les chefs de son armée s'offrent l'un après l'autre pour cette mission périlleuse; il les refuse tous. Le traître Ganelon a l'adresse de ne se point offrir, mais de désigner le jeune fils de Solomon, roi de Bretagne, dans l'intention de le faire périr. Jones, c'est le nom de ce jeune chevalier, est envoyé; arrivé auprès de Marsile, il ne prononce que des menaces, aigrit les esprits au lieu de les adoucir, ne conclut rien, tombe à son retour dans une embuscade que les Sarrazins lui ont dressée, est blessé à mort, et vient expirer aux pieds de son empereur. La guerre continue; Charlemagne et ses barons avancent en Espagne, prennent des villes, gagnent des batailles; Marsile envoie une ambassade solennelle, avec de riches présents pour demander la paix. Charles veut qu'un de ses barons lui porte sa réponse. Les Paladins, ayant à leur tour dessein de perdre Ganelon, conseillent à l'empereur de le choisir. Le Mayençais lit dans leurs intentions, accepte après quelque résistance, mais jure que, s'il en revient, ils paieront cher le tour qu'ils lui jouent. C'est dans ces dispositions qu'il part, qu'il arrive, qu'il traite avec Marsile, et qu'il concerte avec lui les moyens d'arrêter et de détruire dans les gorges des Pyrénées l'arrière-garde de l'armés française lorsqu'elle repassera les monts [345]. De retour auprès de l'empereur avec le traité de paix accepté par Marsile, et consulté sur les dispositions à faire pour la retraite de l'armée, il règle ses conseils sur le plan qu'il avait fait avec Marsile, et l'aveugle empereur a la faiblesse de les suivre. La défaite de Roncevaux en est la suite.

[Note 345: ] [ (retour) ] Cant. XXIX et XXX.