[Note 388: ] [ (retour) ] Ibid., st. 14.

Roland, Renaud et leurs compagnons avaient enfin quitté la cour de Carador. Pour revenir en France, ils avaient pris par le Danemarck; il ne faut jamais chicaner les héros de ces sortes de poëmes sur leur itinéraire. Là, nos paladins avaient appris que le roi était parti dans le dessein de détruire Montauban et de renverser le trône de Charlemagne. Ils avaient renversé le sien, tué son frère, qui gouvernait à sa place, et passé la reine, ses fils et toute la famille royale au fil de l'épée. Ils s'étaient ensuite remis en route, et accouraient en France à grandes journées. Herminion, au désespoir, envoie sommer Charlemagne de se soumettre à lui; sinon, il lui déclare qu'il fera pendre tous les paladins ses prisonniers, à commencer par le Danois. Au moment où il s'apprête à exécuter sa menace, Roland et les autres guerriers arrivent, rassurent Charlemagne, arrêtent Herminion par la crainte des représailles, l'attaquent dans son camp, et le forcent à rendre les paladins et à demander la paix [389].

[Note 389: ] [ (retour) ] C. IX et X.

Quelque temps après, ce roi sarrazin voit de ses yeux un fort joli miracle qui le convertit. Roland et Renaud, trompés par une ruse de Maugis, étaient prêts à se battre; ils étaient sur le pré, avaient pris du champ, et couraient la lance baissée. Un lion apparaît entre eux, tenant dans sa patte une lettre qu'il présente à Roland avec beaucoup de politesse. Maugis y expliquait le malentendu dont il était la cause. Aussitôt les deux cousins descendent de cheval, s'embrassent, se réconcilient, et le lion disparaît. Herminion, témoin de cette scène, est ravi d'admiration. «Mahomet, dit-il, est incapable d'en faire autant; et celui par qui est venu ce lion est le seul Dieu tout-puissant.» Il se détermine donc au baptême, et, pour ne pas laisser refroidir son zèle, Charles le baptise à l'instant [390]. Je demande encore ce qu'on doit penser de cette confusion des miracles du christianisme avec les effets de la magie.

[Note 390: ] [ (retour) ] C. X, st. 112 à 119.

Le traître Mayençais ne voit pas plutôt une de ses trames rompue, qu'il en ourdit une autre. Il fait si bien que Renaud se brouille encore avec l'Empereur. Ici le poëte a probablement pris dans le roman des quatre fils Aymon quelques événements qu'il arrange à sa guise, tels que la révolte de Renaud contre Charlemagne, le tournoi ouvert à la cour, dans lequel Renaud et Astolphe osent se présenter sans se faire connaître, et renversent tous les chevaliers de la faction de Mayence; le malheur qu'Astolphe a d'être reconnu, arrêté, et le risque imminent qu'il courait d'être pendu par ordre de l'empereur, que le perfide Ganelon poussait à cet acte de tyrannie, si Roland, de concert avec Renaud, ne l'eût délivré. Charlemagne est chassé de son trône par Renaud, qui consent à l'y replacer, à condition que Ganelon sera enfin puni comme il le mérite [391].

[Note 391: ] [ (retour) ] C. XI.

Le Mayençais a encore l'adresse de retourner en sa faveur l'esprit de Charles, qui joue toujours le rôle d'un prince crédule et à peu près imbécille. Il l'anime de nouveau contre la maison de Montauban, surprend Richardet, le plus jeune des frères de Renaud, et le livre à Charlemagne, qui veut aussi le faire pendre, car dans ce poëme héroïque, le bourreau, la corde et la potence jouent un grand rôle. Renaud, averti à temps, délivre son frère au moment où il avait la corde au cou [392]. Le peuple de Paris se soulève pour les chevaliers de Montauban contre ceux de Mayence et contre l'empereur qui les soutient. Il met la couronne sur la tête de Renaud. Ganelon et ce qui lui restait de partisans se sauvent à Mayence. Charles va s'y cacher avec eux, et Renaud reste en possession du trône de France. Des tournois, des bals, des concerts, des fêtes de toute espèce signalent, comme de raison, son avènement. Il n'a qu'un sujet de peine, c'est que Roland n'en soit pas témoin.

[Note 392: ] [ (retour) ] C. XII.

Roland avait été si outré du procédé de Charlemagne envers le jeune Richardet, dont il n'avait pu obtenir la grâce, qu'il s'était exilé de la cour, de Paris, de la France. Il était déjà parvenu en Perse, où il continuait de courir des aventures et de donner des preuves de sa valeur; un géant qu'il tue lui demande le baptême; il ôte son casque, y puise de l'eau dans le fleuve voisin, et baptise son géant, dont le chœur des anges emporte l'ame, en chantant dans le séjour de la gloire [393]; trait imité du mauvais roman de la Spagna [394], et que l'on retrouve encore dans un poëme bien supérieur au Morgante [395].