[Note G: ] [ (retour) ] Se leva, se tint debout, stetit.
Les paladins réunis à cette cour sont fêtés comme des libérateurs. Méridienne était devenue amoureuse d'Olivier. Elle ne peut plus se contraindre, lui découvre son amour, et veut l'engager à y répondre. «Je n'en ferai rien, dit Olivier [385]; vous êtes sarrazine et moi chrétien: notre Dieu m'abandonnerait; tuez-moi plutôt de votre main.--Eh bien! reprend Méridienne, démontre-moi clairement que notre Mahomet est un faux dieu, et je me ferai baptiser pour l'amour de toi.» Le bon Olivier se met à catéchiser sommairement Méridienne; et voici, autant que je puis me permettre de le traduire, comment se fait cette conversion.
[Note 385: ] [ (retour) ] Cant. VIII, st. 9 et suiv.
«Olivier lui parla de la Trinité, et lui dit comment elle est à la fois une seule substance et trois personnes, et leur puissance, et leur divinité. Ensuite il lui fit une comparaison. Si vous doutez encore que l'on puisse être un et trois, un exemple vous le fera comprendre. Une chandelle allumée en allume mille, et ne cesse pas de rendre la même lumière [386]. Il lui donne d'autres explications tout aussi claires. Elle n'a rien à y répondre et demande aussitôt qu'il la baptise;
Et puis après, il viennent au saint crême,
Tant qu'à la fin ils rompent le carême [387]:
Ce qui suit est beaucoup plus libre. Je prie qu'on ne se scandalise pas, mais qu'on veuille bien se rappeler mes doutes sur l'emploi sérieux des textes sacrés et des prières qu'on trouve si fréquemment dans le poëme du Pulci. Cette citation ne suffit-elle pas pour nous apprendre ce que nous en devons penser?
[Note 386: ] [ (retour) ] Cant. VIII, st. 10.
E dopo a questo vennono alla Cresima
Tanto che in fine e' ruppon la quaresima.
(Ibid., st. 11.)
Pendant que cela se passe chez les Sarrazins d'Afrique et d'Espagne [388], le traître Ganelon appelle du Danemarck en France un autre roi sarrazin qui avait des sujets particuliers de haine contre Renaud. Ce roi, nommé Herminion, vient avec une nombreuse armée attaquer à la fois Montauban, d'où il sait que Renaud est absent, et Paris, où Charlemagne est privé du secours d'une grande partie de ses paladins. Cette guerre commence très-mal pour le roi Charles. Tous les chevaliers qui lui restent, Ogier le Danois, le vieux Naismes, Berlinguier, Auvin, Otton, Turpin, Gautier, Salomon, Avolio, sont abattus par une espèce de géant nommé Mattafol, et emmenés prisonniers. Mais le roi Herminion reçoit à son tour de tristes nouvelles de ses états.