Nous allons enfin nous occuper de celui qui le fut de toutes les manières, et que le génie, l'étude et le goût contribuèrent également à placer parmi les poëtes du premier rang.


CHAPITRE VII.

L'ARIOSTE.

Notice sur sa vie; observations préliminaires sur l'ORLANDO FURIOSO; analyse de ce poëme.

Il n'est peut-être aucun poëte qui ait donné lieu à des jugements si divers et si contradictoires que l'auteur du Roland furieux. Divinisé par les uns, presque méprisé par les autres, toujours apprécié par un enthousiasme aveugle ou par une prévention injuste, rarement par une raison éclairée et sensible, son sort fut de marcher, plus qu'aucun autre homme de génie,

Entre l'Olympe et les abîmes,

Entre la satire et l'encens [564].

[Note 564: ] [ (retour) ] Le Brun, ode à M. de Buffon.

Il faut cependant remarquer que ce n'est point le même public ni la même nation qui varient ainsi sur son compte. Dans sa patrie, il est presque généralement regardé comme le plus grand des poëtes. Ceux mêmes qui refusent de le placer seul au premier rang, n'admettent un autre poëte qu'à le partager avec lui, et n'osent faire descendre l'Arioste au second; et si l'on en excepte quelques esprits chagrins, personne ne s'est avisé de traiter avec mépris celui dont la plus grande partie de la nation ne parle qu'en lui donnant le titre de Divin, celui que le seul rival qui pût lui être comparé, appelait lui-même son père, son seigneur et son maître [565].