[Note 46: ][(retour) ] C'était alors le jeune Cosme de Médicis qui avait succédé au duc Alexandre, assassiné par Lorenzino.
François Ier, mourut en 1547; son fils Henri II n'eut pas moins de bienveillance que lui pour notre poëte. Il l'engagea à terminer son poëme de Girone il Cortese, dont François Ier lui avait donné le sujet. L'Alamanni publia ce poëme l'année suivante, et le dédia au nouveau roi. Ce prince l'employa comme avait fait son père, dans plusieurs négociations. Il l'envoya à Gênes[47], pour engager cette république dans ses querelles avec Charles-Quint; mais toute l'adresse du négociateur fut inutile, et il revint sans y avoir pu réussir. Il ne devait plus revoir sa chère Italie. Cinq ans après, il était à Amboise avec la cour, lorsqu'il fut attaqué d'une dyssenterie dont il mourut, âgé de soixante ans et demi[48].
[Note 47: ][(retour) ] En 1551.
[Note 48: ][(retour) ] 18 avril 1556.
Il avait été marié deux fois. Baptiste, l'aîné de deux fils qu'il avait eus de sa première femme, fit fortune dans l'état ecclésiastique. Il fut abbé de Belleville, évêque de Bazas, et ensuite de Mâcon. Le second, nommé Nicolas, fut chevalier de l'ordre de St-Michel et capitaine des gardes du roi. C'est de celui-ci que sont sorties les différentes branches de cette famille qui ont existé, et qui existent même encore, en France et jusqu'en Pologne[49].
[Note 49: ][(retour) ]4: Voyez l'Histoire généalogique des familles de Toscane, par le P. Gamurrini.
Quoique marié et père de famille, l'Alamanni aima, ou parut aimer plusieurs femmes, peut-être seulement pour en faire le sujet de ses vers; car il arrive souvent que les poëtes placent dans leur imagination une maîtresse, comme les peintres posent devant leurs yeux un modèle. On voit dans ses rime, ou poésies lyriques, une Cinthie et une Flore tout à la fois. Pendant son séjour en Provence, il ne trouva point de beauté capable de le fixer. Il en dit, dans une de ses satires, des raisons qui ne sont pas flatteuses pour les manières et pour l'esprit des Provençales de ce temps-là. Une seule fit sur lui quelque impression, et lui donna des espérances; mais il s'aperçut bientôt qu'elle se jouait de lui; et, rompant avec elle, il aima mieux reprendre en imagination les fers de quelques beautés italiennes.
Il porta surtout ceux d'une belle Génoise, qu'il désigne souvent sous le nom de Plante Ligurienne, Ligure Planta. On croit que son vrai nom était Larcara Spinola: on croit aussi qu'elle était pour quelque chose dans les fréquents voyages qu'il fit à Gênes, depuis les premiers dégoûts politiques qu'il avait éprouvés à Florence. Il aima encore une certaine Béatrice, de la noble maison des Pii, peut-être pour avoir un rapport avec Dante, comme il s'était félicité d'en avoir un avec Pétrarque, en chantant sa Plante Ligurienne, auprès de la Sorgue et de Vaucluse. Au reste il ne paraît pas que toutes ces passions aient rien coûté aux belles dames qui eu furent les objets: raison de plus pour croire qu'elles ne furent que poétiques, et qu'elles ne lui coûtèrent à lui-même que des vers.
L'Alamanni est un des poëtes qui font le plus d'honneur à l'Italie, et auxquels il est le plus honorable pour la France d'avoir offert un asyle. Son titre de gloire le plus solide est le poëme de l'Agriculture, que nous trouverons au premier rang, quand nous en serons à la poésie didactique. Ses poésies diverses contiennent des élégies, des églogues, des satires, des sonnets, des hymnes, des sylves ou petits poëmes, une imitation en vers de l'Antigone de Sophocle, etc. Ce recueil[50], imprimé à Florence presque en même temps qu'il le fut à Lyon, fut brûlé publiquement à Rome, par ordre de Clément VII, sans doute pour quelques traits amers répandus dans les satires, mais surtout en haine de l'auteur. A Florence, un malheureux libraire s'étant avisé de le mettre en vente, fut condamné par le duc Alexandre à une amende et au bannissement. Un autre qui n'en avait vendu que quatre exemplaires, n'en fut pas quitte à moins de 200 écus. Les traits satiriques contre Rome et contre Florence étaient accompagnés de quelques autres contre les tyrans; et ces derniers traits auraient moins ressemblé à Alexandre, s'il eût été capable de les pardonner.
[Note 50: ][(retour) ] Opere toscane, tomo primo, Lugduni, 1532, in 8º.; tomo secondo, ibid. 1533. Le premier volume fut réimprimé à Florence la même année 1532. Les deux volumes reparurent ensemble, à Venise 1533, et ibid. 1542, in-8º.