[Note 568: ][(retour) ] St. 90.
[Note 569: ][(retour) ] Ibid., st. 88.
Fra si contrarie tempre in ghiaccio e in foco,
In riso, in pianto, e fra paura e spene
Inforsa ogni suo stato. (St. 93.)
Senape, roi d'Éthiopie, était éperdûment amoureux de sa femme, et dans lui les glaces de la jalousie égalaient les feux de l'amour[571]. Mais voici bien autre chose. La reine était noire, elle accouche d'une fille blanche; cette fille est Clorinde, à qui le vieil Arsète raconte cette histoire. Votre mère, lui dit-il, résolut de vous cacher au roi son époux «à qui la blancheur de votre teint eût pu paraître une preuve contre la candeur de sa foi.» Je suis même obligé de mettre ici l'inverse du jeu de mots qui est dans l'original, pour le faire un peu entendre, car c'est la candeur du teint de l'enfant qui est opposée à la foi non bianca de la mère[572].
[Note 571: ][(retour) ] C. XII, st. 22.
Ch'egli havria dal candor che in te si vede
Argomentato in lei non bianca fede. (St. 24.)
On retrouve ce goût pour les pointes dans les récits, dans les discours, dans les descriptions; mais c'est surtout, il faut l'avouer, dans le caractère d'Armide que le poëte paraît avoir pris à tâche de les semer avec profusion. Soit qu'il parle d'elle, soit qu'il la fasse parler ou agir, les jeux de mots les plus recherchés viennent d'eux-mêmes se placer dans ses vers. Il semble qu'en peignant cet être fantastique, il n'ait pas cru devoir un moment parler le langage de la nature, ou plutôt il semble que cette magicienne l'a lui-même touché de sa baguette, et qu'elle a jeté sur ses pensées et sur son style un charme malfaisant qu'il ne peut rompre. Nous en avons déjà plusieurs fois remarqué l'influence; mais si l'on veut la voir dans toute sa force, il faut jeter les yeux sur Renaud aux pieds d'Armide, et prêter l'oreille à ses galanteries amoureuses.
Un miroir du crystal le plus brillant pendait au côté de Renaud. Elle se lève, et le place entre les mains de son amant. Ils regardent tous deux, elles avec des yeux riants, lui avec des yeux enflammés, un seul objet en divers objets. Elle se fait du verre un miroir et lui se fait deux miroirs des yeux sereins de sa maîtresse. L'un se glorifie de son esclavage, l'autre de son empire, elle en elle-même, et lui en elle[573]. «Tourne, lui disait le chevalier, tourne vers moi ces yeux où je lis ton bonheur et qui font le mien[574]; car si tu ne le sais pas, mes feux sont le vrai portrait de tes beautés. Mon sein retrace mieux que ton crystal leur forme et leurs merveilles. Hélas! puisque tu me dédaignes, que ne peux-tu du moins voir ton propre visage dans toute sa beauté! Ton regard qui ne trouve point ailleurs de quoi se satisfaire, jouirait et serait heureux en se retournant sur lui-même. Un miroir ne peut rendre une si douce image, et un paradis n'est pas renfermé dans une petite glace. Le ciel est un miroir digne de toi, et c'est dans les étoiles que tu peux voir tous tes charmas[575].»
Con luci ella ridenti, ei con accese
Mirano in varj oggetti un sol'oggetto;
Ella del vetro a se fa specchio, ed egli
Gli occhi di lei sereni a se fa spegli.
L'un di servitù, l'altra d'impero
Si gloria: ella in se stessa ed egli in lei.
(C. XVI, st. 20 et 21.)
[Note 574: ][(retour) ] 574: Onde beata bei. Jeu de mots impossible à rendre en français, et qui disparaît dans cette paraphrase. Le marquis Orsi, loc. cit., défend ce jeu de mots et ce qui suit, comme il défend tout le reste; il cite Pétrarque pour autoriser le Tasse. Je sais combien le Tasse a imité Pétrarque; mais je sais aussi qu'il doit à cette imitation une partie de ses défauts; que ce qui est permis dans le style lyrique ne l'est pas pour cela dans le style épique, et qu'enfin si un tour affecté ou un jeu de mots cessaient de l'être quand on en trouve des exemples dans Pétrarque, cela nous mènerait loin.