[Note 732: ][(retour) ] C. VII.

Tancrède croit, comme il le faisait auparavant, que c'est Clorinde qui a paru à l'entrée du camp, et qu'on a forcée à s'en écarter; il se met de même à la poursuite des poursuivants, et va tomber dans les prisons d'Armide; mais auparavant il fait dans la forêt une rencontre singulière[733]. Il y trouve cinq sources d'eau vive qui s'échappent du même rocher; la première se sépare en deux ruisseaux, dont l'un se cache et semble retourner sur ses pas; l'autre descend tranquillement, et va mourir dans la mer Morte[734]. La seconde source est d'une couleur ardente comme la chevelure d'une comète; la troisième brille comme l'or, ou comme l'arc céleste aux rayons du soleil; la quatrième est agitée comme la vaste mer; elle est remplie de poissons, de coraux, de perles, et obéit comme l'Océan aux mouvements de l'astre des nuits; la cinquième enfin est de la couleur de l'herbe, mais elle est toute brillante de pierres précieuses, d'or, de tous les métaux que renferme le sein de la terre; et ses bords sont couverts de palmiers, de lauriers, d'arbres de toute espèce, qui prêtent leur ombre aux bêtes sauvages et aux troupeaux.

[Note 733: ][(retour) ] C. VIII.

[Note 734: ][(retour) ]

L'altro queto scendea con l'acque chiare,

Sin ch'egli si moria nel Morto mare. (St. 12.)

Tancrède voit tout cela sans y rien comprendre et il poursuit sa route. Le lecteur ne le comprend pas plus que lui, à moins qu'il n'ait lu saint Thomas. Ce docteur aussi inintelligible que célèbre, dans un de ses opuscules[735], où il traite de l'amour de Dieu et du prochain, parle de cinq fontaines ou sources mystérieuses, qui signifient les cinq genres de la substance sensible, dans lesquels elle est divisée, comme en cinq ruisseaux différents. La première source indique le cinquième corps ou la quintessence qui sort des parties supérieures pour aller jusqu'aux inférieures; au-dessous est l'élément du feu, ensuite celui de l'air, puis l'élément de l'eau, et enfin le plus bas de tous, la terre. La première source est donc toute substance métaphysique ou surnaturelle, d'où dérivent les accidents, comme causes de leurs effets, etc. Le Tasse, malheureusement trop livré dans ses dernières années aux études théologiques, triomphait d'avoir placé dans son poëme ces fontaines allégoriques, qu'il croyait dignes d'autant de célébrité que les fontaines de Merlin[736]. Il voulut peut-être remplir, par ces belles inventions thomistes, le vide que laissait dans ce chant la scène pastorale qu'il en avait retranchée: mais saint Thomas est encore plus contraire à l'épopée que ne le peuvent être des bergers.

[Note 735: ][(retour) ] C'est le soixante-unième: de Dilectione Dei et proximi.

[Note 736: ][(retour) ] Del Giudizio, l. I.

Le second combat d'Argant avec le comte de Toulouse dans l'absence de Tancrède[737]; l'horrible tempête suscitée par les démons, au moment où Argant allait être vaincu, les nouvelles de la défaite et de la mort du jeune Suénon[738]; la révolte excitée dans le camp, par les bruits répandus sur la prétendue mort de Richard; l'attaque nocturne de Soliman et de ses Arabes[739], leur défaite, la retraite de Soliman dans Jérusalem[740], sont encore à peu près les mêmes. Le rappel de Richard est moins tardif que celui de Renaud; il précède l'assaut général donné à la place. C'est Rupert, ami de Richard, qui se charge de l'aller chercher avec le chevalier Danois[741]. Du reste, ils rencontrent de même un bon solitaire qui leur fait voir des merveilles encore plus étonnantes, et leur fait à peu près les mêmes récits que dans la Jérusalem délivrée. C'est un descendant des anciens mages, que l'ermite Pierre a converti, mais qui n'a pas encore embrassé le christianisme. Il est comme placé entre son ancienne foi et la nouvelle; ce qui répond en partie à un reproche qu'on avait fait au Tasse, mais ne le détruit pas tout-à-fait. Il est certain qu'un magicien qui professe la foi du Christ, ou qui en est instruit et compte la professer un jour, est une distraction un peu forte, chez un poëte aussi religieux et aussi savant dans sa religion que le Tasse.

[Note 737: ][(retour) ] C. VIII, st. 84 et suiv.

[Note 738: ][(retour) ] C. IX.